Le Temps: Partagez-vous les critiques adressées à la Commission des droits de l'homme (CDH)? Que faudrait-il faire pour la rendre plus efficace?

Adam Daniel Rotfeld: La CDH est devenue l'une des institutions les plus importantes de l'ONU, et il y a un besoin évident de la renforcer. Cela provient du fait que le concept même de relations internationales a changé. Dans le passé, on se concentrait sur les relations entre Etats, alors qu'aujourd'hui le principal problème pour le système international concerne ce qui se passe à l'intérieur de ces mêmes Etats. Dans un sens large, le respect des droits de l'homme est étroitement lié à la question de l'Etat de droit, à la démocratie et à la sécurité. Aujourd'hui, on ne peut pas parler de sécurité sans respect des droits de l'homme. Kofi Annan l'avait très bien dit, dès le début de son mandat, lorsqu'il avait affirmé qu'on ne peut pas tolérer une situation de génocide ou de violation massive des droits de l'homme. En d'autres termes, il justifiait pour la première fois une intervention de la communauté internationale pour protéger un peuple. C'est pourquoi j'estime qu'aujourd'hui la Commission des droits de l'homme devrait être mieux équipée, et devenir l'une des instances centrales de l'ONU.

– Silvio Berlusconi a affirmé, avant de se rétracter, qu'il voulait retirer ses troupes d'Irak d'ici à septembre. Et que va faire la Pologne de ses troupes?

– D'abord, il faut préciser que nous, Polonais, ne voulons pas être vus comme des occupants. Nous avons décidé en 2003 de soutenir les Etats-Unis pour de nombreuses raisons. L'une d'entre elles était que Washington était très isolé en Europe. Or, selon nous, il allait de l'intérêt de l'Europe de montrer notre solidarité avec les Etats-Unis dans une situation très spécifique. Pour nous, les Américains ne sont pas intervenus en Irak pour le pétrole, mais contre la dictature de Saddam Hussein. Pour ce qui est de notre présence militaire, il a déjà été annoncé officiellement que nous allions la redéfinir. Cela pourrait se faire d'ici à la fin de l'année. Mais, déjà maintenant, nous sommes en train de réduire nos troupes. Il se pourrait qu'il n'y ait plus de soldats polonais en Irak en 2006. A moins de nous maintenir de manière très limitée. Mais cela devrait se faire à l'invitation des Irakiens et avec un mandat des Nations unies.

– En septembre, la Pologne va elle aussi voter par référendum sur la Constitution européenne. Que se passera-t-il si elle dit non?

– La situation politique polonaise actuelle est très complexe. Je ne suis sûr de rien et personne ne sait sur quoi déboucheront les élections législatives et présidentielle qui doivent avoir lieu cette année. Mais, paradoxalement, je suis sûr que la majorité des Polonais votera pour l'Europe. La question est de savoir si le référendum sera validé, car selon la loi polonaise, il faut 50% de participation pour que le scrutin soit valable. Or, en Espagne, même si la Constitution a été acceptée à plus de 70%, il n'y a eu que 42% de participation. C'est pourquoi, de manière à faire venir les gens aux urnes, il faudrait coupler le référendum avec le 1er tour de la présidentielle, qui est une élection très populaire en Pologne. Le problème de la Pologne tient au fait que son élite politique est très divisée et majoritairement opposée à la Constitution. Elle préfère en rester au Traité de Nice, qui est plus favorable à la Pologne. Mais, je le répète, le simple citoyen est lui majoritairement favorable à l'Europe.

– Pensez-vous que le Traité constitutionnel sera adopté par les 25, y compris en France et en Grande-Bretagne?

– Imaginons qu'il ne le soit pas. Nous serons alors obligés d'être suffisamment créatifs pour trouver une solution. L'Europe s'est construite ainsi, avec de l'imagination.