Etats-Unis

Les adaptations du décret anti-immigration de Donald Trump

Le président américain a défendu que ce décret n'était pas une «interdiction visant les musulmans». La situation pour le Canada et la Grande-Bretagne a été clarifiée, accentuant la confusion générale

Pour sa deuxième semaine à la Maison Blanche, Donald Trump se retrouve sur la défensive, après sa décision de fermer les frontières pendant plusieurs mois à tous les réfugiés ainsi qu'aux ressortissants de sept pays musulmans.

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Après un week-end de confusion et de controverse, le président républicain s'est défendu de toute discrimination anti-musulmans, alors que des milliers de manifestants se sont rassemblés à Washington, New York, Boston et dans d'autres villes des Etats-Unis.

«Pour que les choses soient claires, il ne s'agit pas d'une interdiction visant les musulmans, comme les médias le rapportent faussement», a voulu clarifier Donald Trump dans un communiqué.

«Cela n'a rien à voir avec la religion, il s'agit de terrorisme et de la sécurité de notre pays.»

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Un haut responsable de l'administration Trump a expliqué que le président entendait mettre en place une politique d'immigration qui évite aux Etats-Unis de connaître des attentats, comme en Europe. «Des situations qui existent aujourd'hui dans certaines parties de la France, dans certaines parties de l'Allemagne, en Belgique, ce sont des situations que nous ne voulons pas voir se reproduire à l'intérieur des Etats-Unis: une menace large et permanente d'un terrorisme domestique multi-dimensionnel et multi-générationnel qui deviendrait une donnée permanente de la vie américaine», a déclaré ce responsable à la presse.

Les détenteurs de carte verte et Américains à double nationalité épargnés

Signé vendredi soir, le décret interdit l'entrée à tous les réfugiés, quelle que soit leur origine, pendant 120 jours (et de façon indéfinie pour les réfugiés syriens), ainsi qu'à tous les ressortissants de sept pays à majorité musulmane et considérés comme des viviers terroristes par Washington, pendant 90 jours: Iran, Irak, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen.

L'application du décret s'est faite dans un relatif désordre. Des détenteurs de cartes vertes - des permis de résident permanent - originaires des sept pays de la liste noire ont déclaré au cours du week-end avoir été refoulés ou interdits d'embarquer dans des vols à destination des Etats-Unis.

Mais dimanche soir, l'administration américaine a officiellement clarifié la situation: ils auront le droit d'embarquer à destination des Etats-Unis et bénéficient d'une exemption. Les Américains à double nationalité également.

Des permis de résidence temporaire accordés par le Canada

Reste la question des binationaux, par exemple les Canado-Iraniens ou Franco-Syriens. Washington a assuré au Canada que le décret migratoire ne s'appliquera pas aux ressortissants canadiens ayant la double nationalité de l'un des sept pays visés par l'interdiction américaine.

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Ottawa est allé plus loin en annonçant que le Canada accordera des permis de résidence temporaire aux ressortissants des sept pays musulmans visés par le décret américain qui seraient bloqués au Canada. «Je veux assurer les personnes qui seraient bloquées au Canada que j'userai de mon autorité pour leur accorder un permis de résidence temporaire si besoin, comme nous l'avons fait dans le passé», a déclaré le ministre au cours d'un point de presse.

https://twitter.com/JustinTrudeau/status/825566626628124672

Le ministre canadien de l'immigration, Ahmed Hussen, n'a pas cité de nombre de personnes qui pourraient être concernées par cette mesure. Il a indiqué que quelques passagers s'étaient vus refuser l'embarquement au départ du Canada, tout en précisant qu'en début d'après-midi dimanche, les autorités n'avaient connaissance d'aucun cas de personne bloquée au Canada.

Ahmed Hussen, qui est d'origine somalienne, a aussi expliqué que les ressortissants des sept pays, disposant d'une carte valide de résident permanent canadien, pouvaient toujours entrer aux Etats-Unis. Le décret américain s'applique en revanche aux ressortissants des sept pays visés qui seraient en transit au Canada. Plus de 35 000 ressortissants canadiens binationaux possèdent aussi la nationalité d'un des sept pays, a précisé le ministre.

Exemption pour les citoyens naturalisés en Grande Bretagne

D'autres capitales sont entrées dans des discussions avec Washington pour obtenir des clarifications, ajoutant à la confusion. La Grande-Bretagne a obtenu dimanche une exemption aux nouvelles restrictions sur l'entrée aux Etats-Unis pour ses citoyens naturalisés et ceux possédant également la nationalité d'un des sept pays concernés par le décret du président américain Donald Trump.

Le ministre des Affaires étrangères Boris Johnson a obtenu cette exemption lors de «conversations avec le gouvernement américain», explique le ministère sur son site internet.

Les passagers possédant la citoyenneté britannique et celle d'un des sept pays concernés par l'interdiction d'entrer aux Etats-Unis (Iran, Irak, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen) «se rendant aux Etats-Unis depuis un pays autre» que ces sept pays ne sont pas affectés par la mesure, assure le ministère.

Les seuls binationaux «susceptibles d'être soumis à des vérifications supplémentaires sont ceux venant de l'un de ces sept pays, par exemple un Britannico-libyen se rendant aux Etats-Unis depuis la Libye», ajoute-t-il.

Enfin, les autorités assurent que tous les Britanniques «nés dans l'un de ces pays» pourront aller aux Etats-Unis quand bien même ils sont partis d'Irak, d'Iran, du Yémen, de Syrie, de Libye, de Somalie ou du Soudan. 

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