Premier à commenter les candidatures de la Finlande et de la Suède, Vladimir Poutine a estimé lundi que ces demandes d’intégration à l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord ne constituaient pas «une menace directe» mais que la Russie réagirait en cas de déploiements militaires. «Quelle sera la réaction? Nous aviserons en fonction des menaces», a affirmé le président russe à l’occasion du sommet de l’Organisation du traité de sécurité collective qui se tenait au Kremlin.

A l’antenne de Soloviev Live mardi matin, le ton était nettement moins mesuré. Dans cette émission animée par Vladimir Soloviev, l’un des propagandistes les plus zélés du Kremlin, la porte-parole du Ministère russe des affaires étrangères Maria Zakharova prévenait: «Aujourd’hui, Washington, en exerçant la pression sur ces pays qui menaient une politique neutre de non-adhésion à des alliances militaires depuis des décennies, en les forçant à changer leur cap, nous a donné carte blanche.» Et de préciser qu’il faudrait s’en souvenir à l’avenir, lorsque les deux pays présenteraient «une autre menace pour la sécurité alimentaire et énergétique de la Russie».

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«Personne n’en sortira gagnant»

Un peu plus tard dans la journée de mardi, le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Riabkov rappelait sur la chaîne Rossiya 24 le message qu’il martèle depuis plusieurs jours déjà. «Quand nous analyserons, à Moscou, les conséquences de leur décision et la nouvelle configuration des forces et des moyens en Europe et au nord de l’Europe qui en découle, nous devrons prendre des mesures de compensation et personne n’en sortira gagnant», a-t-il déclaré. Selon lui, l’adhésion de la Suède et de la Finlande à l’OTAN sera une «nouvelle erreur» qui aura des conséquences à long terme. «Le niveau général de la tension militaire augmentera, la prévisibilité dans ce domaine deviendra moindre. Il est dommage que le bon sens soit sacrifié pour des idées fantômes de ce qu’il convient de faire dans la situation actuelle. C’est une autre grave erreur qui aura des conséquences à long terme, mais que faire? Tel est le niveau de ceux qui prennent des décisions politiques dans leurs pays respectifs aujourd’hui!»

Une mer Baltique transformée en «lac de l’OTAN»

Dans la presse russe pro-Kremlin, le même ton est employé depuis le début de la semaine, les mots «erreur» et «pression américaine» revenant plusieurs fois. Interrogé par l’agence de presse Tass, Vladimir Zharikhine, directeur adjoint de l’Institut des pays de la Communauté des Etats indépendants, estimait ainsi que l’adhésion de la Suède et de la Finlande à l’OTAN «n’aidera en rien l’Ukraine». Il a souligné que les deux pays «commettaient une grosse erreur sous le coup de l’émotion et sous la pression de leurs partenaires».

Dans le quotidien Kommersant, Andrey Kortunov, président du Conseil russe des affaires internationales, analysait mardi les conséquences de l’adhésion des deux pays nordiques à l’OTAN. «Il serait erroné d’ignorer les conséquences négatives de la décision des Suédois et des Finlandais pour la sécurité de la Russie. Ces conséquences s’avéreront inévitablement plus que significatives. La mer Baltique est en train de devenir un «lac de l’OTAN», ce qui nécessitera des mesures de représailles», écrit l’expert russe en relations internationales. Andrey Kortunov précise qu’il faudra également déployer des moyens supplémentaires le long de la frontière avec la Finlande, car «la longueur de la ligne terrestre de contact entre la Russie et l’OTAN est doublée».

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Le président du Conseil russe des affaires internationales veut cependant croire que «l’entrée précipitée actuelle des deux pays dans l’OTAN n’est qu’un épisode» dans l’histoire séculaire de la Russie avec la Finlande et la Suède. «Cet épisode ne doit pas assombrir l’avenir des relations avec Helsinki et Stockholm, ni fermer la possibilité de leur rétablissement non seulement à court mais aussi à moyen terme», espère Andrey Kortunov, en le soulignant: l’appartenance d’un pays à l’OTAN n’a «jamais été un obstacle insurmontable à sa coopération avec Moscou».