Ce samedi, le soleil brille sur Buckingham Palace. Au-dessus du bâtiment, l’Union Jack est en berne depuis une semaine. Quelques passants, des joggers et des curieux, prennent en photo l’immense édifice, résidence officielle de la reine d’Angleterre. Un panneau indique qu’il est «gentiment demandé de ne pas laisser des hommages, des objets ou des bougies». Cinq bouquets de fleurs sont délicatement déposés. Ils seront bientôt retirés par la sécurité.

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Privés de funérailles publiques, les Britanniques sont peu nombreux à se rendre devant le palais. Au même instant, à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Londres, la famille royale rend un dernier hommage au prince Philip en petit comité dans la chapelle Saint-Georges du château de Windsor.

Une pensée pour la reine

L’institution incarnée par Elisabeth II se trouve à un tournant de son histoire, et sa perception par les plus jeunes constitue un enjeu primordial. «Je pense que la monarchie a un grand besoin de changement, explique Fiona, 26 ans. Quand on voit que Harry et William ne peuvent pas marcher côte à côte lors des obsèques, on se dit «Mais où va-t-on?» Son copain acquiesce et n’hésite pas à qualifier cette situation de «ridicule», ajoutant que «la monarchie doit évoluer et vivre avec son temps».

Eva, 17 ans et Liyema, 16 ans, Londoniennes d’origine sud-africaine, sont quant à elles venues à Buckingham Palace pour rendre hommage au prince Philip. «Nous avons une pensée pour la reine, nous sommes tristes pour elle aujourd’hui. Mais la monarchie doit se réformer, elle doit être à l’image du pays», expliquent-elles en évoquant les accusations de racisme formulées par Meghan Markle. «Nous avons grandi dans un pays qui est devenu si multiculturel. La future génération restera-t-elle attachée aux traditions?»

Plusieurs enquêtes d’opinion récentes traduisent ce changement générationnel. Selon un sondage Statista publié le 10 mars, 62% des Britanniques souhaitent conserver un souverain comme chef d’Etat. La proportion grimpe à 84% parmi les personnes âgées de plus de 65 ans. Mais chez les 18-24 ans, cette proportion n’est que de 42% et 34% d’entre eux se disent séduits par l’idée d’élire leur dirigeant.

A Green Park, l’un des huit parcs royaux de la capitale, jouxtant Buckingham Palace, le vert de la pelouse s’efface sous les couleurs bariolées des jeunes qui se retrouvent entre amis. Depuis le 29 mars, les Anglais ont le droit de se regrouper à six à l’extérieur. A l’entrée du parc, un panneau avec le portrait du prince Philip invite la population à observer, à 15h, une minute de silence.

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Amy, 28 ans, officier de police, y est venue fêter son anniversaire avec cinq copines. «Nous avions oublié que c’était les funérailles aujourd’hui, pour tout vous dire!» Mais une fois le sujet «royal» engagé, les six filles se lancent dans un long débat. «Moi je compatis avec les membres de la famille royale, dit Grace, comptable. Je pense que c’est un travail très difficile, le travail d’une vie. Ils n’ont aucune liberté, ils doivent faire ce qu’on leur dit de faire, ça ne doit pas être drôle.» «Moi, je suis pour le prince Harry! dit une autre. Vous avez vu The Crown? Ils ont baigné dans la royauté depuis leur enfance. Je comprends qu’il soit parti.»

«Une page d’histoire se tourne»

A quelques mètres de là, deux filles se prélassent. Elles expliquent être venues à Buckingham à 15h, pour la minute de silence nationale. «C’était assez émouvant, les gens n’étaient pas très nombreux mais ils ont vraiment respecté ce moment», explique Jo, 27 ans, avant d’ajouter: «Nous ne sommes absolument pas des royalistes, nous sommes venues par curiosité», contrairement à leurs parents, «très affectés» par le décès du prince Philip, restés devant leur téléviseur. Sarah conclut: «La monarchie est démodée et elle perdra beaucoup de partisans lorsque la reine disparaîtra. Je pense que pour les jeunes, aujourd’hui, c’est simplement une page d’histoire qui se tourne.»

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