Une juge américaine a annulé lundi la condamnation Adnan Syed, détenu depuis 23 ans pour un meurtre qu’il a toujours nié. L’homme, aujoud’hui âgé de 42 ans, avait été condamné à la réclusion à perpétuité en 2000 pour le meurtre de son ancienne petite amie Hae Min Lee à Baltimore, sur la côte est des Etats-Unis.

Dans un revirement inattendu, la procureure de la ville, Marilyn Mosby, avait déposé la semaine dernière une requête en annulation de ce verdict, en expliquant avoir des doutes sur la culpabilité d’Adnan Syed, et demandé sa remise en liberté. Marilyn Mosby avait expliqué avoir découvert l’existence de «deux suspects alternatifs», une information cruciale mal exploitée à l’époque et qui surtout n’avait pas été communiquée à la défense avant le procès.

Lundi, une magistrate a donc validé la demande de la procureure, lors d’une audience dans une salle bondée d’un tribunal de Baltimore. «Dans l’intérêt de la justice et de l’équité, la motion est acceptée et l’accusé va être libéré» et équipé d’un bracelet électronique, a déclaré Melissa Phinn.

Des agents ont alors retiré les entraves d’Adnan Syed, tandis qu’une partie de la salle applaudissait avant d’être rappelée à l’ordre. La barbe fournie, et la tête couverte d’un calot, il n’a pas manifesté de réaction.

Nouveau procès ou abandon des poursuites

Juste auparavant durant cette audience, le frère de Hae Min Lee avait confié, par téléconférence, «vivre un cauchemar qui ne s’arrête jamais» et avait dit se sentir «trompé» par les procureurs qui ont soutenu pendant des années avoir le bon coupable, avant de finalement changer d’avis.

Il revient désormais aux procureurs de dire, dans les 30 prochains jours, s’ils veulent organiser un nouveau procès ou abandonner toutes les poursuites à l’encontre d’Adnan Syed.

L’affaire avait débuté en février 1999, quand la police avait retrouvé le corps de Hae Min Lee, 18 ans, à demi enseveli dans un bois de Baltimore. Arrêté à l’âge de 17 ans, Adnan Syed avait été condamné à la prison à vie un an plus tard. Selon l’accusation, il n’avait pas supporté qu’elle le quitte pour un autre et l’avait étranglée. Lui a toujours clamé son innocence, se disant victime de préjugés anti-musulmans.

Un podcast téléchargé plus de 300 milions de fois

En 2014, une équipe de journalistes avait mené une contre-enquête, racontée en douze épisodes dans la première saison de Serial. Précurseur de l’ère des podcasts, ce feuilleton radio a, selon ses producteurs, été téléchargé plus de 300 millions de fois. Il a également inspiré un documentaire sur la chaîne HBO.

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L’enquête des journalistes de Serial avait montré que l’avocate d’Adnan Syed avait négligé une expertise de téléphonie mobile favorable à l’accusé, ainsi que le témoignage d’une jeune fille qui lui offrait un alibi potentiel. Leur travail avait entraîné une réouverture du dossier et, en mars 2018, une cour d’appel du Maryland avait ordonné un nouveau procès, estimant que l’avocate avait apporté une «aide inefficace» à son client.

En mars 2019, la Cour suprême du Maryland avait reconnu que l’avocate avait eu tort de ne pas présenter certains éléments, mais elle avait estimé qu'«étant donné la totalité des preuves», le verdict n’aurait pas été différent si elle les avait inclus. Elle avait donc refusé l’organisation d’un nouveau procès.

La défense d’Adnan Syed s’était alors tournée vers la Cour suprême. En 2019, celle-ci avait refusé d’intervenir, ce qui avait semblé mettre un terme à ses espoirs de libération. Mais la procureure de Baltimore a rouvert une nouvelle fois le dossier, provoquant au final ce dernier renversement judiciaire.