Longtemps lointain outsider apparemment condamné à la figuration par deux rivales à forte personnalité, le candidat du Parti social-démocrate brésilien (PSDB) a réussi dimanche à coiffer au poteau l’atypique écologiste Marina Silva et affrontera le 26 octobre au second tour la présidente de gauche Dilma Rousseff, du Parti des travailleurs (PT).

Cet économiste de 54 ans, tendance libérale mâtinée d’une légère fibre sociale, a bâti sa rampe de lancement présidentielle en tant que très populaire gouverneur de l’Etat de Minas (2003-2010), le deuxième plus peuplé du Brésil.

Mais il a longtemps été handicapé par son manque de notoriété hors du bastion familial, et un profil bon chic bon genre un peu lisse aux yeux du vaste électorat populaire brésilien.

Avant la campagne, il se voyait, en bon héritier, qualifié pour disputer la présidence à Dilma Rousseff, fragilisée par les difficultés actuelles de la septième économie mondiale.

Se revendiquant de l’héritage de gestion rigoureuse de l’ex-président Fernando Henrique Cardoso (1995-2003), soutenu par les milieux d’affaires, Aecio Neves incarnait la possibilité, ténue, de renvoyer le PT sur les bancs de l’opposition après 12 ans de pouvoir.

Bonne étoile

Mais l’irruption surprise de Marina Silva après la mort dans un accident d’avion de son allié, le peu connu candidat du Parti socialiste brésilien (PSB) Eduardo Campos, a déjoué tous ses plans.

L’atypique et populaire Marina Silva a déclenché un tsunami avec sa promesse de «nouvelle politique» visant à mettre fin à 20 ans de bipolarisation PT-PSDB et un programme économique difficilement attaquable… car calqué sur le sien.

En bon animal politique, Aecio Neves a toujours cru, ou feint de croire, en sa bonne étoile, malgré les sondages et le pessimisme de son propre camp, qui parlait déjà d’alliance avec Marina Silva pour le second tour.

Lui appelait à la patience, convaincu que les Brésiliens désireux d’alternance finiraient par se détourner de l’aventure Marina Silva et par opter pour «le chemin sûr du vrai changement pour le Brésil», son slogan de campagne.

Tout a toujours souri à Aecio Neves, précédé d’une réputation d’homme charmant et fêtard aimant se détendre à Rio de Janeiro dans le quartier balnéaire ultrachic de Leblon.

Depuis qu’il s’est remarié en 2013 à la blonde et élancée Leticia Weber, 34 ans, un ancien modèle avec qui il a eu des jumeaux en juin, il apparaît dans la rubrique soirées mondaines des revues en papier glacé.

Il est soutenu par des célébrités, comme l’ancien footballeur vedette Ronaldo.

Né le 10 mars 1960, Aecio Neves est entré en politique à l’âge de 20 ans, sous le parrainage de son grand-père, l’ex-président Tancredo Neves.

Affaire de famille

Figure respectée, son grand-père avait été élu en 1985 au sortir de la dictature militaire à laquelle il s’était opposé. Il était mort avant sa prise de fonctions. Mais avait eu le temps d’inoculer le virus de la politique à son petit-fils.

Dès 1981, on voyait Aecio Neves faire campagne avec Tancredo qui briguait le poste de gouverneur de Minas Gerais. Une affaire de famille…

Aecio Neves a axé toute sa campagne sur les erreurs de gestion et l’interventionnisme de la présidente Dilma Rousseff, responsable à ses yeux des difficultés actuelles de la septième économie mondiale.

Il promet de «restaurer la confiance des investisseurs», de ramener l’inflation dans les clous, de garantir l’autonomie opérationnelle de la Banque centrale.

Le sénateur Neves s’est aussi logiquement emparé du scandale des pots-de-vin versés par le géant pétrolier public Petrobras à des parlementaires de la coalition au pouvoir, qui a opportunément éclaté en pleine campagne électorale.

Allergiques à Dilma Rousseff, les milieux d’affaires et marchés brésiliens, d’abord favorables à Aecio Neves, s’étaient résignés à soutenir Marina Silva.

Mais M. Neves a prouvé qu’il avait les reins solides. Il va maintenant s’efforcer de bâtir un front anti-PT pour tenter de combler son retard sur Mme Rousseff. Et, qui sait, prendre ses quartiers au palais présidentiel du Planalto de Brasilia, là où il est convaincu qu’est sa place naturelle.