Terrorisme

Les aéroports israéliens sont «les plus sûrs au monde»

A Tel Aviv, prendre l'avion relève du parcours du combattant. Les mesures de sécurité israéliennes pourraient devenir l'exemple à suivre

A vingt minutes en voiture du centre de Tel-Aviv, l’aéroport international Ben Gourion passe pour «le plus sûr du monde». Un bunker hyper-protégé dont certaines procédures de sécurisation ont été copiées par les Américains dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001. «Les pays européens devraient faire la même chose car nous avons de longues années d’expérience derrière nous», plastronne le ministre des Communications Israël Katz (Likoud). Concrètement, prendre l’avion en Israël relève plus du parcours du combattant que de la promenade de santé. Ce qui explique pourquoi chaque voyageur est prié de se présenter à l’embarquement trois heures à l’avance.

Pour pénétrer en voiture dans la zone aéroportuaire, il faut franchir un premier barrage filtrant situé à environ trois kilomètres des bâtiments. Là, les véhicules roulent au pas devant une guérite où des gardes, tous issus des unités d’élite de l’armée et armés de fusils-mitrailleurs, posent aux conducteurs des questions anodines comme «ça va aujourd’hui?». Si leur interlocuteur répond avec un accent arabe ou montre un comportement suspect, sa voiture est immédiatement envoyée sur une voie parallèle pour une fouille approfondie.

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Voiture filmée, immatriculation mémorisée

Dans tous les cas, suspecte ou pas, chaque voiture est filmée et son immatriculation, mémorisée. A l’entrée du hall d’embarquement, passage obligatoire par un portique de sécurité. En présence d’un physionomiste suspicieux. Un avant-goût de la suite puisqu’il faut, avant d’accéder aux guichets des compagnies aériennes, se soumettre à un interrogatoire de profilage plus ou moins approfondi. La plupart des voyageurs en partance imaginent que les «profileuses» sont des étudiantes remplissant un job pour boucler leur fin de mois. Erreur: ce sont souvent des anciennes militaires des unités spéciales de Tsahal ou des Renseignements militaires qui ont subi une formation préalable. Sur la base de leur appréciation, un voyageur «suspect» peut s’entendre interdire d’embarquer.

«Le profilage a été conçu pour détecter les personnes présentant un comportement anormal», affirme Anat B., ancienne employée de l’aéroport. «Est-il efficace? En tout cas, il donne lieu à de nombreux quiproquos, provoque des incidents inutiles et discrimine les Arabes israéliens qui ont droit d’office à une fouille en profondeur». A toute heure du jour et de la nuit, la file des passagers soumis au profilage est filmée. Et surveillée par des spécialistes installés dans une cabine spéciale. Entre le checkpoint situé à l’entrée de la zone aéroportuaire et l’embarquement à bord de l’avion, chaque passager franchit onze points de contrôle différents. Quant à ses bagages, ils sont contrôlés par un nouveau système automatique baptisé «Hold bagage screening» (HBS) censé détecter tout objet ou matière suspecte.

Vigiles armés

A ce dispositif s’ajoutent les vigiles armées en uniforme ou en civil qui patrouillent jour et nuit dans le périmètre aéroportuaire. L’Etat hébreu a commencé à développer des procédures de sécurité plus strictes que celles des autres pays dans le courant des années 70, lorsque les organisations palestiniennes détournaient ou attaquaient les avions de la compagnie El Al. En 1972, la tuerie perpétrée à l’aéroport de Tel-Aviv (26 morts) par un commando de l’Armée rouge japonaise a également convaincu Golda Meïr, la Premier ministre de l’époque, d’ordonner la sécurisation des installations.

Le processus a franchi une nouvelle étape en 2002 après qu’Al Qaeda eut revendiqué le tir de deux missiles sur un avion israélien survolant le Kenya. Depuis lors, les appareils des quatre compagnies de l’Etat hébreu ont d’ailleurs été dotés d’un système antimissile laser. «Il y a quelques années, mes collègues européens me traitaient de paranoïaque lorsque je leur expliquais notre souci obsessionnel de sécurité maximale», se souvient Shlomo Har Noï, un ancien responsable de la sécurisation des aéroports israéliens. «Mardi, j’ai beaucoup pensé à eux en voyant les images de l’aéroport de Bruxelles ravagé par des explosions».

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