En novembre dernier, la visite officielle à Rome du président Lula s’était déroulée dans une excellente atmosphère, le président du Conseil, Silvio Berlusconi, conviant même pour l’occasion les joueurs brésiliens de son club de football du Milan AC. Deux mois seulement ont passé, mais Rome et Brasilia sont désormais au bord de la crise diplomatique.

Le gouvernement italien vient de faire savoir qu’il envisageait de rappeler son ambassadeur pour consultation. La péninsule n’a en effet pas accepté la décision du ministre brésilien de l’Intérieur, Tarso Genro, de ne pas extrader vers l’Italie l’écrivain et ancien terroriste d’extrême gauche Cesare Battisti, arrêté en mars 2007 à Rio de Janeiro après avoir fui la France. «En raison de l’existence fondée d’une crainte de persécution», le ministre, qui est aussi un des dirigeants du Parti des travailleurs, et qui a lui-même appartenu à une organisation d’extrême gauche ayant pris part à la lutte armée durant la dictature brésilienne, a accordé l’asile politique à l’ancien activiste italien des années 1970 bien que celui-ci soit l’objet d’une peine de réclusion à perpétuité dans son pays pour son implication dans quatre assassinats, ce que l’intéressé a toujours nié.

Depuis, l’Italie, unanime, s’estime «offensée» par la décision de Brasilia. Dès le 14 janvier dernier, le ministre italien des Affaires étrangères, Franco Frattini, a appelé le président Lula pour lui deman­der de revoir sa décision, estimant que Cesare Battisti, aujour­d’hui âgé de 54 ans, est un «terroriste responsable de crimes très graves qui n’ont rien à voir avec le statut de réfugié politique». «C’est une grave erreur, une injustice», lui a fait écho au nom du centre gauche Marco Minniti, considérant que «Battisti n’est pas un persécuté politique mais un terroriste condamné pour homicides».

La presse italienne parle, elle, d’«humiliation». Certains représentants d’associations de victimes du terrorisme ont évoqué un boycott des produits brésiliens. Quant au président de la République, Giorgio Napolitano a écrit à son homologue brésilien pour lui faire part de sa «stupeur».

Le cas Cesare Battisti est devenu emblématique de l’incompréhension italienne vis-à-vis du traitement d’abord par la France puis aujourd’hui par le Brésil des anciens terroristes ayant fui la justice transalpine. Engagé très jeune dans les rangs des Prolétaires armés pour le communisme (PAC) après avoir frayé avec la petite délinquance, Cesare Battisti était arrivé à Paris en 1990 après un détour au Mexique, pour se mettre sous le parapluie de la «doctrine Mitterrand». En 1985, souhaitant aider l’Italie à tourner la page des années de plomb, le président socialiste avait en effet publiquement assuré qu’il ne renverrait pas de l’autre côté des Alpes les activistes d’extrême gauche ayant rompu avec «la machine infernale du terrorisme». Cesare Battisti avait ainsi pu se refaire une vie en France malgré sa condamnation définitive à la réclusion à perpétuité pour quatre «homicides aggravés» imputés aux PAC. Il vivait au grand jour avec un titre de séjour régulier. Jusqu’en 2001, lorsque les autorités françaises ont abandonné la jurisprudence Mitterrand. L’Italie s’attendait donc à récupérer Cesare Battisti, jeté en prison à Paris en 2004. Mais, bénéficiant du soutien de nombre d’intellectuels et d’artistes français, celui-ci est parvenu à éviter l’extradition puis à fuir au Brésil à l’été 2004, où il a été ensuite arrêté.

Réfutant le soupçon selon lequel Cesare Battisti aurait été victime d’un procès inique, sans qu’il puisse se défendre, Rome comptait sur la coopération du gouvernement Lula pour ramener l’ancien terroriste en Italie. En vain. «L’Italie doit respecter la décision souveraine» du Brésil, a pour l’heure déclaré, inflexible, le président Lula alors que le gouvernement Berlusconi indique qu’il mettra en œuvre tous les recours possibles pour récupérer Cesare Battisti.

«Battisti n’est pas un persécuté politique mais un terroriste condamné pour homicides»