L’architecte français Patrick Devillers, qui a fréquenté et travaillé avec Bo Xilai et son épouse du temps où l’homme politique chinois était maire de Dalian, est détenu depuis «environ deux semaines» par la police cambodgienne, à la demande de la Chine, selon l’AFP. Patrick Devillers vit au Cambodge depuis plusieurs années. Bo Xilai et son épouse sont au cœur d’un scandale retentissant en Chine, qui mêle luttes politiques, tentative de coup d’Etat, corruption, rumeurs d’espionnage et l’assassinat d’un consultant anglais, dont Madame Bo est accusée, en novembre, à Chong­qing, la mégapole dont Bo Xilai était le secrétaire du Parti depuis 2007. «Nous nous interrogeons sur la possibilité de l’envoyer en Chine ou en France. [Pékin] nous a demandé qu’il soit envoyé en Chine car il y a commis des infractions», a indiqué la police de Phnom Penh.

L’interpellation de Patrick Devillers, qui avait travaillé à Dalian pour le service d’urbanisme et d’architecture de la mairie, a été confirmée par une porte-parole de l’ambassade de France à Phnom Penh.

Dans le dernier message échangé avec Le Monde et daté du 8 juin, Patrick Devillers expliquait «qu’avec l’accalmie, je me suis remis à mes projets et ne pense pas bouger dans l’immédiat car j’ai pas mal de choses à terminer». Il s’était expliqué au quotidien français lors d’un entretien, mi-mai à Phnom Penh, sur ses liens avec la famille Bo au moment où il se trouvait à Dalian. Marié à une Chinoise originaire de la ville, parfaitement sinophone, il était devenu l’un des «amis étrangers» du couple, à l’époque où l’ouverture et l’internationalisation étaient la priorité du développement chinois. Patrick Devillers a également accompagné à plusieurs reprises le fils des Bo en Angleterre où il faisait des études, «mais jamais contre de l’argent», a-t-il précisé.

Procès du couple attendu

Les procès de Bo Xilai et de son épouse, selon les dernières informations qui circulent à Chongqing, seraient attendus d’ici à fin juillet et seraient «semi-publics». Dans la pratique, très peu d’informations sont en réalité ouvertes, et les procédures largement discrétionnaires: les témoins sont souvent manipulés et leurs témoignages cités par écrit, sans débat contradictoire avec les avocats de la défense. Ce qui suscite un certain nombre d’interrogations sur les raisons de l’arrestation de Patrick Devillers: l’architecte, qui a pris ses distances avec la Chine à partir de 2005, a catégoriquement nié avoir jamais transféré de l’argent à l’étranger pour le compte des Bo.