France

Affaire Cahuzac: l’Elysée et Matignon fragilisés

Des rumeurs de démission ont été démenties en fin de semaine dernière. Mais la position du ministre du Budget est-elle tenable?

Analyse

Comme d’habitude, Jérôme Cahuzac a mis en ligne son agenda pour la semaine. Un entretien avec Patrick Roméo, le président de Shell France, lundi matin, une réunion interministérielle sur la modernisation de l’Etat ce mardi, la suite des débats parlementaires sur le budget et le Conseil des ministres: un début de semaine normal pour le responsable du Budget. Deux semaines après la bombe larguée par Mediapart, la vie politique suit son cours, du moins en surface. L’information selon laquelle le ministre aurait détenu durant de longues années un compte caché en Suisse – ce que le socialiste a démenti, y compris devant l’Assemblée nationale – ne soulève plus guère de vagues. Hormis sur les réseaux sociaux, qui bruissent de commentaires sarcastiques, un épais silence entoure l’affaire Cahuzac.

Après l’article de Mediapart, le premier ministre Jean-Marc Ayrault avait assuré Jérôme Cahuzac de son soutien. Dimanche, le ministre des Affaires européennes, Bernard Cazeneuve, a fait de même: «Je n’ai aucun doute sur son intégrité. Je le connais depuis longtemps, c’est un ami personnel», a-t-il déclaré lors d’une émission animée par France Inter, AFP et Le Monde. Mais au-delà de soutiens arrivés au compte-gouttes, le mutisme est de mise. Pas de petites phrases, pas de déchaînement, ni à droite ni à gauche. La présomption d’innocence explique une partie de la retenue. Mais elle traduit aussi un embarras assez général face au sujet.

«République exemplaire»

Politiquement, l’affaire est ravageuse pour l’exécutif. D’abord parce que Jérôme Cahuzac s’est imposé comme l’un des hommes forts du gouvernement. Représentant de l’orthodoxie financière, il possède des compétences financières reconnues, y compris à droite. Avec lui, c’est donc une pièce maîtresse de l’exécutif qui est atteinte.

Ensuite, parce que le ministre incarne la politique visant à redresser les comptes en exigeant des efforts fiscaux de la nation. Au moment où Jean-Marc Ayrault et d’autres ministres fustigent l’exil fiscal vers la Belgique du comédien Gérard Depardieu, le soupçon qui plane sur le ministre d’avoir lui-même soustrait des avoirs au fisc est du plus mauvais effet. Il en va de même s’agissant de la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales dont l’exécutif fait une priorité.

Enfin, l’affaire Cahuzac est ennuyeuse au regard des engagements pris par François Hollande en faveur d’une «République exemplaire». Le président fraîchement élu avait demandé à ses ministres de signer une charte de déontologie. Or plusieurs médias, dont le quotidien Sud-Ouest, commencent à mettre en avant d’autres potentiels conflits d’intérêts: ils rappellent les liens que Jérôme Cahuzac aurait tissés avec l’industrie pharmaceutique lorsqu’il travaillait pour le cabinet du ministre de la Santé, Claude Evin, à la fin des années 1980 et qu’il aurait fait fructifier ensuite grâce à sa société de conseil, créée en 1993.

Ces éléments affaiblissent Jérôme Cahuzac. Sera-t-il pour autant contraint de lâcher son poste? Les rumeurs ont déjà commencé. Vendredi soir, LyonMag a trop vite annoncé un prochain départ et un possible remplacement par le député du Rhône Pierre-Alain Muet. L’information a été «absolument» démentie sur Twitter par Dominique Bouissou, la responsable du service de presse de Matignon, mais elle illustre la nervosité ambiante.

Pour l’heure, l’avenir politique du ministre reste incertain. D’un côté, les preuves avancées par Mediapart n’ont pas totalement convaincu. Après Le Canard enchaîné, c’est Marianne qui a critiqué son confrère estimant que le média en ligne avait pour but de faire tomber Cahuzac, ce ministre qui incarne «la gauche d’argent». Mais d’un autre côté, si les révélations se poursuivent ou si Jérôme Cahuzac ne parvient pas à lever définitivement les doutes sur ce prétendu compte, la situation deviendra de plus en plus intenable. Pour lui, comme pour François Hollande.

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