Algérie

Affaire Dhina: «gifle» pour Alger

La justice française a rejeté la demande d’extradition d’Alger et libéré l’opposant algérien arrêté à Paris en janvier dernier. Il s’est exprimé à Genève

Mourad Dhina est de retour à Genève, plus libre que jamais. Souriant et décontracté, malgré des cernes sous les yeux, l’opposant algérien, relâché par Paris après six mois de détention, s’est exprimé devant les médias mardi dernier pour présenter l’épilogue d’une affaire qui le poursuit depuis des années. «Je cherchais cette décision de justice. C’est une gifle infligée au pouvoir algérien», a déclaré cet habitant de Meyrin, directeur exécutif d’Alkarama, une ONG genevoise qui milite pour la défense des droits de l’homme dans les pays arabes. Sous le coup d’un mandat d’arrêt international émis par Alger en 2003, Mourad Dhina a été interpellé en janvier à l’aéroport d’Orly alors qu’il sortait d’une réunion d’opposants algériens à Paris.

La justice algérienne a condamné par contumace cet ancien cadre du Front islamique du salut (FIS) en 2005 pour «appartenance à un groupe terroriste actif à l’étranger» dans les années 1990. Elle l’accuse également d’avoir financé l’achat d’un avion basé en Suisse qui aurait servi à un groupe armé algérien en 2003. Après une procédure de six mois, la justice française a finalement jugé le dossier inconsistant et rejeté la demande d’extradition des juges algériens. Pour le directeur juridique d’Alkarama, Rachid Mesli, «il était clair que cette arrestation avait un caractère politique».

Demandes d’asile refusées

Arrivé en Suisse en 1987, ce physicien nucléaire, diplômé du MIT, a enseigné à l’EPFZ et travaillé au CERN pendant plusieurs années. Il décide de rejoindre le FIS en réaction à l’annulation des élections et à la dissolution du mouvement islamique en 1992. Il entre dans les radars de la police suisse en 1993, alors que la France le soupçonne d’être impliqué dans un trafic d’armes qui auraient transité par les bords du Léman. «Les services algériens envoyaient des notes me décrivant comme un diable aux autorités étrangères. Je suis surveillé vingt-quatre heures sur vingt-quatre depuis plus de vingt ans. Au début, ça vous travaille, mais maintenant je m’en fiche», dit l’opposant algérien.

La Suisse n’est jamais parvenue à étayer formellement les soupçons qui pesaient sur lui. Mais Mourad Dhina s’est vu refuser deux demandes d’asile par Berne. N’ayant jamais été régularisé, il réside toujours sur le sol helvétique au titre d’une admission provisoire et reste soumis à une ordonnance qui lui interdit de «faire l’apologie de la violence». En 2004, il quitte le FIS, en proie à des luttes internes et «incapable de clarifier son discours politique».

«J’ai péché par le passé, quand j’ai dit que la rébellion par les armes pouvait être légitime. Aujour­d’hui, je pense que les dictatures ne s’en iront que par une action authentiquement non violente de la société civile», dit Mourad Dhina. Le dénouement de cette affaire, qu’il considère comme un «étalage de la médiocrité de la justice algérienne», conforte ce militant dans sa rage: «En Algérie, le droit est utilisé comme une ruse de la force. Je veux mettre fin à ce pouvoir responsable d’une telle justice.» En 2007, Mourad Dhina a fondé Rachad, un mouvement qui fédère des opposants au président algérien, Abdelaziz Bouteflika, exilés au Royaume-Uni, en Allemagne et en Suisse. «Notre mouvement, qui prend de l’ampleur en Algérie, est devenu la bête noire du régime.»

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