Alors que ses soutiens rêvent d’une nouvelle candidature à la présidentielle, Nicolas Sarkozy replonge dans la machine judiciaire. L’ancien président français est jugé en correctionnelle à partir de ce lundi et jusqu’au 10 décembre pour «corruption», une première dans l’histoire de la Ve République. Il encourt la peine maximale de 10 ans d’emprisonnement et d’un million d’euros d’amende.

Cette affaire repose sur des écoutes téléphoniques compromettantes pour l’ancien chef de l’Etat. Il est soupçonné d’avoir tenté d’obtenir début 2014 des informations secrètes auprès d’un ancien haut magistrat de la Cour de cassation par l’entremise de son avocat et ami Thierry Herzog, qui comparaît également devant le Tribunal correctionnel de Paris. Leur tentative a été menée dans le cadre d’une procédure judiciaire concernant la saisie des agendas de Nicolas Sarkozy en marge de l’affaire Bettencourt, portant sur l’existence d’un possible financement illégal de sa campagne présidentielle de 2007, qui se soldera, lui, par un non-lieu en 2013.

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«Délinquants chevronnés»

C’est un autre volet judiciaire qui a permis l’interception des conversations téléphoniques, celui de l’argent libyen qui aurait alimenté la campagne de 2007. Ces échanges mettent en scène un certain Paul Bismuth, pseudonyme choisi par la figure de la droite, et son conseil. Ils «ont utilisé pendant plusieurs mois des téléphones occultes pour passer une partie de leurs communications, celles qui, par nature, devaient échapper à une surveillance judiciaire», indiquait le Parquet national financier dans son réquisitoire, assimilant les deux hommes à des «délinquants chevronnés».

Lors de ces échanges secrets, ils ont évoqué ensemble les «moyens de tirer avantage» de la présence d’un haut magistrat: Gilbert Azibert. En échange de son aide, ce dernier devait bénéficier d’un coup de pouce pour un poste prestigieux dans la Principauté́ de Monaco, ce qui lui vaut d’être lui-même poursuivi pour «corruption passive», «trafic d’influence passif» et «recel de délit». Sa présence au Tribunal correctionnel de Paris n’est toutefois pas assurée en raison du risque sanitaire. Agé de 74 ans, il ne serait pas en mesure de comparaître, selon un certificat médical. Dès l’ouverture du procès, la présidente du Tribunal correctionnel va ainsi ordonner une expertise médicale qui entraînera une suspension de l’audience, le temps d’obtenir les conclusions.

Débats houleux

Un aléa qui ne devrait pas modifier la nature des débats, que les observateurs prédisent houleux. Nicolas Sarkozy dénonce un «scandale qui restera dans les annales» et promet de se rendre «combatif» au tribunal. Les méthodes du Parquet national financier ont scandalisé une partie de la classe politique et des avocats. Plusieurs ténors du barreau, ainsi que leurs collaborateurs, ont vu leurs factures téléphoniques épluchées dans le cadre de la procédure. Parmi eux, l’actuel ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti, qui avait dénoncé des «méthodes de barbouzes» au moment de la publication en juin 2020 d’une enquête dans l’hebdomadaire Le Point sur ces méthodes d’investigation.

Pour la justice, il s’agissait d’identifier une «taupe» dans l’affaire, le personnage qui aurait pu transmettre des informations confidentielles à l’avocat de Nicolas Sarkozy. L’ex-chef de l’Etat avait, de manière inexpliquée, changé d’avis au téléphone concernant la sollicitation de Gilbert Azibert, alors qu’il se trouvait toujours sur écoute.

Face à ces révélations parues dans la presse, Nicolas Sarkozy avait demandé «le respect de l’Etat de droit»: «En conséquence, toute la vérité doit être établie sur les circonstances qui ont permis cette invraisemblable accumulation de manquements et de dysfonctionnements.» Ces éléments devraient alimenter sa défense lors du procès. 

L’audience se tient quelques jours après le revirement de l’homme d’affaires franco-libanais Ziad Takieddine, principal accusateur de l’ancien président dans l’affaire du financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007. Cette brève sortie médiatique de 32 secondes, qui dédouane finalement Nicolas Sarkozy, a entraîné une réaction immédiate du principal intéressé, appuyé par sa famille politique. «La vérité éclate enfin», affirmait-il alors. Une position contrebalancée par un communiqué du Parquet national financier, également chargé de ce dossier, précisant que les mises en examen ne reposent pas uniquement sur les déclarations d’un seul homme, mais «sur des indices graves ou concordants».