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Les lieux où le corps de Grégory Villemin avait été retrouvé, au fond de la Vologne, dans les Vosges, poings et pieds liés.
© PATRICK HERTZOG / AFP PHOTO

France

Affaire Grégory, dossier maudit

Trente-quatre ans après les faits, l’enquête sur le meurtre du garçonnet est une épreuve pour la ténacité judiciaire

Qui peut encore croire qu’un jour la vérité éclatera sur le meurtre du petit Grégory Villemin, retrouvé noyé, pieds et poings liés le 16 octobre 1984, dans les eaux boueuses de la Vologne, une rivière du département des Vosges?

Lorsqu’en juin 2017, la police française décide d’auditionner de nouveau Murielle Bolle, âgée de 15 ans au moment des faits, puis de la mettre en examen ainsi que les époux Jacob – grand-oncle et grand-tante du garçonnet –, l’impression que la machine judiciaire se met à fonctionner s’installe. La juge d’instruction qui a repris le dossier, Claire Barbier, semble alors sur le point de relier des éléments probants jusque-là ignorés. Problème: la magistrate, proche de la retraite, n’avait pas le droit de prononcer seule ces mises en examen. La faille juridique, exploitée par la défense, a finalement conduit, mercredi, à leur annulation.

De nouvelles expertises encore attendues

La suite n’est pas encore certaine. Des expertises graphologiques et stylométriques (qui comparent les lettres du «corbeau» de 1984 avec des documents manuscrits de l’époque rédigés par les époux Jacob) sont encore attendues et pourraient relancer les investigations. N’empêche: rares sont les témoins de l’affaire, survenue à Lépanges sur Vologne, à penser que la justice se sortira du bourbier dans lequel l’ont placé, en 1984, les conclusions trop hâtives du juge Jean-Michel Lambert. A l’époque, ce magistrat décide d’inculper d’assassinat, en novembre 1984 sur la foi du témoignage de Murielle Bolle, le beau-frère du père de Grégory, Bernard Laroche. Puis, faute de preuves, il le libère six mois plus tard, ouvrant la voie au règlement de comptes familial. Jean-Marie Villemin, le père de l’enfant, se fait justice lui-même en tuant ce beau-frère suspect d’un coup de fusil de chasse. Le pire suivra: une seconde mise en examen pour assassinat, cette fois de Christine Villemin, la mère de l’enfant. Un non-lieu l’innocentera en 1993.

Une «machine à broyer»

Les fantômes de la Vologne n’ont cessé, depuis lors, de transformer les méandres de cette affaire en précipice où le doute règne en maître. Le juge Lambert lui-même y a succombé, se donnant la mort en juillet 2017, après avoir adressé une lettre poignante à L’Est Républicain, le quotidien local. «La machine à broyer s’est mise en marche pour détruire ou abîmer la vie de plusieurs innocents, pour répondre au désir de revanche de quelques esprits blessés dans leur orgueil ou dans l’honneur de leur corps», écrit le magistrat avant de se suicider. «Certains de mes confrères ont emboîté le pas avec une mauvaise foi abominable. Je proclame une dernière fois que Bernard Laroche est innocent.» Et de prédire: «Les événements depuis juin sont voués à l’échec.» Ce qui résonne aujourd’hui avec une particulière intensité…

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«Comment ne pas croire qu’une malédiction frappe tous ceux qui tentent d’élucider ce meurtre?»

Le journal «Le Parisien»

Comment en sortir? Dans la vallée de la Vologne où les médias français ont de nouveau dépêché des journalistes, seules filtrent l’amertume et la lassitude. Le village vosgien de 500 habitants a, depuis longtemps, été déserté par les époux Villemin, reclus en région parisienne et restés silencieux durant tous les rebondissements récents. Un seul scénario tient en tout cas la corde, même si personne n’ose plus mettre de noms sur les protagonistes: une histoire de famille et de vengeance. Haine, jalousie, fièvre meurtrière entre les Villemin, les Laroche et les Jacob… Trente-quatre ans après, les mots reviennent en boucle. Mais qui a tué Grégory? «Comment ne pas croire qu’une malédiction frappe tous ceux qui tentent d’élucider ce meurtre?» répondait jeudi, sous forme d’interrogation, le journal Le Parisien.

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La ténacité pour seule arme

La vérité est pourtant tapie quelque part. Mais sûrement pas dans les témoignages. Ni dans les gardes à vue. Trop de temps a passé. Les versions se sont accumulées. Chaque protagoniste a appris à se protéger, conseillé par des avocats qui travaillent depuis des décennies sur le dossier. Alors, les lettres? Les expertises ADN? Des confessions subites, inattendues? Ce sont ces éléments qui peuvent, trente-quatre ans après les faits, encore tout faire basculer. La justice pourtant décriée n’a pas lâché prise. Dans cette affaire, son unique arme, désormais, est sa ténacité.

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