Diplomatie 

Affaire Jamal Khashoggi: Donald Trump hausse le ton face à l'Arabie Saoudite 

Le journaliste Jamal Khashoggi «semble bien» être mort, selon le président américain. C'est ce qu'affirmaient déjà de nombreux médias se basant sur des preuves audio enregistrées dans le consulat lors de sa disparition le 2 octobre. Donald Trump a menacé l'Arabie saoudite de conséquences «sévères»

Donald Trump a estimé jeudi que le journaliste saoudien Jamal Khashoggi, qui a disparu au consulat saoudien à Istanbul et aurait été assassiné par des agents de son pays, «semblait bien» être mort. «Ça me semble bien être le cas. C'est très triste», a répondu le président à un reporter qui lui demandait s'il pensait que le journaliste saoudien, critique du régime de Ryad, était mort.

Si l'Arabie saoudite est bien responsable de sa mort, comme l'affirme de nombreux médias qui se basent sur des preuves audio enregistrées dans le consulat lors de sa disparition le 2 octobre, les conséquences potentielles contre le pouvoir saoudien seront «sévères», a ajouté le président américain. «C'est une affaire très mauvaise mais on verra ce qui se passe», a-t-il encore déclaré.

Signe du durcissement de la position de Washington face à Riyad, le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, avait annoncé plus tôt dans la journée qu'il ne se rendrait pas à une conférence économique organisée à Riyad.

Enormes intérêts stratégiques et économiques

Tout en se défendant de chercher à «couvrir» Riyad, Donald Trump avait mis en avant ces derniers jours les énormes intérêts stratégiques qui lient son pays au royaume sunnite. Il a cité la lutte contre le terrorisme, la nécessité de contrer l'influence de l'Iran chiite mais aussi les contrats d'armement et leurs retombées économiques.

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«Nous devons leur donner quelques jours de plus pour mener à bien (les investigations) afin que nous ayons une bonne compréhension des faits», a affirmé un peu plus tôt dans la journée le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo de retour d'un déplacement à Riyad, où il a rencontré le roi et le prince héritier. «Nous leur avons clairement indiqué que nous prenions cette affaire très au sérieux», a-t-il ajouté à l'issue d'une rencontre dans le Bureau ovale avec Donald Trump.

De nouvelles images de Maher Abdulaziz Mutreb publiées

La publication de nouvelles images tirées des caméras de vidéosurveillance retraçant les mouvements à Istanbul d'un officier des services de sécurité proche du prince héritier saoudien a fait encore monté d'un cran la pression sur Riyad.

Selon le New York Times et le Washington Post, l'homme en question, Maher Abdulaziz Mutreb, qui avait été identifié par les autorités turques comme l'un des membres d'une équipe de 15 agents envoyée par Ryad pour «assassiner» le journaliste, fait partie de l'entourage du prince héritier et homme fort d'Arabie saoudite Mohammed ben Salmane.

Sur les nouvelles images publiées jeudi par le quotidien progouvernemental turc Sabah sous le titre de «Voici le chef de l'équipe d'exécution», on peut voir un homme présenté comme étant Maher Abdulaziz Mutreb arriver à 8h55 (Suisse) au consulat saoudien, et à 15h53 devant la résidence du consul. Jamal Khashoggi était entré au consulat autour de 12h15 (heure en Suisse) et n'en est jamais sorti.

Maher Abdulaziz Mutreb peut ensuite être vu sur les images quittant un hôtel d'Istanbul muni d'une «grande valise» et accompagné d'un groupe d'hommes à 16h15 (heure en Suisse). Il arrive 45 minutes plus tard à l'aéroport d'Istanbul pour prendre un vol.

Une demande pour une enquête de l'ONU

La présence de Mutreb, ainsi que d'autres membres de services de sécurité rattachés à ben Salmane, parmi le commando saoudien présent à Istanbul le 2 octobre met à mal la version officielle de Riyad affirmant tout ignorer du sort du collaborateur du Washington Post. Amnesty International, Human Rights Watch, Reporters Sans Frontières et le Comité de protection des journalistes ont de leur côté appelé la Turquie à demander une enquête de l'ONU sur l'affaire Khashoggi.

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«L'implication des Nations Unies est la meilleure garantie contre un blanchiment saoudien ou contre les tentatives d'autres gouvernements de passer sous silence le problème afin de préserver des relations commerciales lucratives avec Riyad», a déclaré Robert Mahoney, directeur exécutif adjoint du Comité de protection des journalistes, cité dans le communiqué.

Le parquet d'Istanbul a publié jeudi un communiqué, affirmant qu'il informerait le public des avancées de l'enquête «en cas de nécessité».


Les fouilles se poursuivent

La police turque procédait vendredi à des fouilles dans une forêt près d'Istanbul et dans une ville proche de la mer de Marmara dans le cadre de l'enquête sur Jamal Khashoggi. Le journaliste est porté disparu depuis qu'il s'est rendu au consulat saoudien à Istanbul.

Les enquêteurs ont reconstitué le trajet suivi par les voitures, qui ont quitté le consulat le 2 octobre, le jour où le journaliste a disparu. «Les investigations ont conduit à soupçonner que ses restes sont peut-être dans la commune de Yalova et dans la forêt de Belgrad, et la police fouille ces deux secteurs», a dit un responsable turc, précisant qu'une ferme ou une villa avait pu servir à se débarrasser du corps du journaliste dissident.

Les enquêteurs turcs ont également perquisitionné jeudi pour la deuxième fois le consulat saoudien. Ils ont aussi passé au crible la résidence du consul. «De nombreux échantillons ont été prélevés durant les investigations dans le consulat et la résidence», a-t-on ajouté de même source, y compris des spécimens de terre et d'eau. «Tous ces échantillons vont à présent être analysés pour trouver d'éventuelles traces de l'ADN de Jamal Khashoggi», a poursuivi le responsable.

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