Un juge français a perquisitionné récemment au ministère du Budget à Paris où il aurait saisi des notes sur les «montages financiers opaques» mis en place autour du contrat de vente de sous-marins au Pakistan, affirme mardi le quotidien Le Parisien/Aujourd’hui en France.

«Il y a une dizaine de jours, dans la plus grande discrétion, le juge Renaud Van Ruymbeke a perquisitionné la Direction générale des Impôts, au ministère du Budget», affirme le quotidien. «Le juge aurait mis la main sur des documents +extrêmement intéressants+», écrit Le Parisien précisant qu’il «s’agirait de notes manuscrites, non signées, datées de fin 2006».

Ces notes «confirmeraient et détailleraient les montages financiers opaques mis en place autour du contrat, notamment les circuits empruntés par l’argent à l’aller (vers le Pakistan) comme au retour (en direction de la France)», ajoute le quotidien. Dans ces notes, il «serait question de plusieurs pays (...) dans lesquels les fonds transitent», ajoute Le Parisien.

Le journal cite une «source proche du dossier» selon laquelle «ces notes manuscrites (...) étaient adressées» au ministre de l’Intérieur de l’époque, l’actuel président Nicolas Sarkozy. Cette information, assure le Parisien, «a tout d’une bombe à retardement».

Le juge van Ruymbeke mène des investigations sur des soupçons d’entrave à la justice et de faux témoignages, après une plainte des familles de victimes de l’attentat de Karachi du 8 mai 2002, qui avait coûté la vie à 11 Français travaillant à la construction de sous-marins vendus par la France au Pakistan en 1994.

L’enquête sur l’attentat lui-même, menée par un autre juge, s’est longtemps focalisée sur Al-Qaïda avant d’être réorientée ces derniers mois vers l’hypothèse de représailles après l’arrêt des versements de commissions françaises dans deux contrats d’armement, dont celui portant sur ces sous-marins.

Les rétrocommissions pakistanaises auraient servi au financement de la campagne pour la présidentielle de 1995 du Premier ministre d’alors Edouard Balladur, dont M. Sarkozy était le porte-parole et ministre du Budget, selon des témoignages et rapports versés au dossier.

La colère de Nicolas Sarkozy

Le président français s’est récemment emporté face à des journalistes à propos du dossier Karachi, affirmant à l’un d’eux: «Il semblerait que vous soyez pédophile, j’en ai l’intime conviction» pour signifier qu’on ne peut mettre en cause quelqu’un sans preuve.

L’échange, relayé lundi soir par plusieurs sites internet, a eu lieu en marge du sommet de l’Otan à Lisbonne vendredi soir, alors qu’au même moment en France Dominique de Villepin relançait les soupçons de rétrocommissions vers Paris en 1995, dans le cadre du contrat d’armement avec le Pakistan qui pourrait être indirectement à l’origine de l’attentat de Karachi en 2002.

«On est dans un monde de fous», a déclaré le président. «Il n’y a pas un seul parmi vous qui croit que je vais organiser des commissions et des rétrocommissions sur des sous-marins au Pakistan, c’est incroyable».

Puis il s’adresse à un journaliste, dans une démonstration par l’absurde: «Et vous, j’ai rien du tout contre vous. Il semblerait que vous soyez pédophile... Qui me l’a dit ? J’en ai l’intime conviction (...) Pouvez-vous vous justifier?».

Le président emploie encore le mot deux ou trois fois, preuve de sa colère. «Amis pédophiles, à demain ! » lance-t-il en quittant les journalistes qu’il allait retrouver samedi en conférence de presse.