Fin de partie pour Rémy Daillet: soupçonné d'être impliqué dans l'enlèvement de la petite Mia perpétré en avril, le suspect, figure des milieux complotistes, doit atterrir mercredi matin à Paris à l'issue d'une procédure d'expulsion mouvementée depuis la Malaisie.

«Je vous confirme que monsieur Rémy Daillet-Wiedmann a pris un avion à Singapour pour la France. Il est accompagné de sa compagne et des enfants du couple», a déclaré François Pérain, procureur de la République de Nancy, dans un communiqué. «A l'arrivée à l'aéroport en France, le mandat d'arrêt du juge d'instruction de la Jirs (juridiction interrégionale spécialisée) de Nancy sera notifié.»

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Une source aéroportuaire a confirmé ces informations. «Il arrive demain avec sa femme et ses enfants. Le mandat d'arrêt sera notifié et exécuté par la Gendarmerie des transports aériens», a déclaré cette source.

A son arrivée, Rémy Daillet sera transféré «immédiatement à Nancy en vue de sa mise en examen», ou présenté «devant le juge des libertés et de la détention de Bobigny pour une incarcération provisoire», a précisé le procureur. Dans cette dernière hypothèse, Rémy Daillet serait «transféré jusqu'à Nancy pour être interrogé par les juges d'instruction (...) dans un délai de 4 jours», a-t-il spécifié.

Un retour vers la France interrompu

Rémy Daillet fait l'objet d'un mandat d'arrêt international émis dans le cadre de l'enquête sur l'enlèvement de la petite Mia, 8 ans, perpétré à la mi-avril dans les Vosges. L'enfant avait été retrouvée quelques jours plus tard en Suisse.

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Rémy Daillet est soupçonné, selon François Pérain, d'être l'«animateur» présumé de la «mouvance» anti-système des ravisseurs à l'origine du rapt. Lui-même, sa compagne et ses trois enfants de 17, 9 et 2 ans, avaient été arrêtés fin mai sur l'île touristique malaisienne de Langkawi où ils résidaient. Leurs visas ayant expiré, la Malaisie avait procédé à leur expulsion vers la France. Mais celle-ci avait été interrompue dimanche à Singapour: lors d'une escale, la compagne de Rémy Daillet, Léonie Bardet, enceinte, avait été hospitalisée.

Selon Jean-Christophe Basson-Larbi, l'avocat de la famille, Léonie Bardet dispose de plusieurs certificats médicaux «qui attestent unanimement que sa santé ne lui permet pas de prendre l'avion». Madame Bardet et ses enfants «n'ont aucun rapport avec l'information judiciaire relative à l'affaire dite Mia», et «sont les inadmissibles victimes de la volonté française de n'avoir aucun égard pour leurs vies», a estimé l'avocat dans un communiqué diffusé mardi.

Une figure du mouvement complotiste

La petite Mia, âgée de 8 ans, résidait chez sa grand-mère quand elle avait été enlevée le 13 avril, par plusieurs hommes, à la demande de la mère de l'enfant, qui n'avait plus le droit de la voir seule. La mère et la fillette avaient été retrouvées cinq jours plus tard dans un squat de Ste-Croix (VD).

Dans une vidéo mise en ligne après l'enlèvement, Rémy Daillet avait tenté de se justifier. Sans évoquer nommément Mia, il réfutait le terme d'enlèvement. Dans d'autres vidéos plus anciennes, il soutenait l'idée d'un coup d'Etat populaire et se disait opposé aux impôts, aux vaccins, aux masques ou à la 5G. Il prônait par ailleurs l'éducation des enfants par leurs parents à la maison.

En quelques années, cet ancien membre du Modem, parti dont il avait été exclu en 2010, est devenu une figure du mouvement complotiste.

Dans cette affaire, dix personnes au total, dont la mère de la fillette, ont déjà été mises en examen et sept d'entre elles ont été placées en détention provisoire.

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La justice s'interroge aussi sur le rôle de Rémy Daillet dans une autre affaire, celle d'un couple qui vivait en vase clos dans le Doubs et s'était retranché à son domicile en novembre, refusant de confier ses quatre enfants aux assistantes sociales comme le demandait un juge. C'est au contact d'un certain «Rémy, vivant en Malaisie, ancien membre du Modem», que le couple aurait décidé de déscolariser ses enfants puis de se couper du monde.