Jour après jour, au rythme d’un de ces soap operas dont les Britanniques sont si friands, l’affaire Murdoch fait trembler le Royaume-Uni sur ses bases. A commencer par David Cameron, le premier ministre, pour qui les mauvaises nouvelles s’accumulent dans ce dossier.

Et, comme dans les séries télévisées, l’intrigue est désormais à tiroirs, avec de longs rebondissements dans chacun d’entre eux. Au scandale des écoutes téléphoniques au sein du tabloïd News of the World s’ajoutent notamment deux nouvelles affaires, qui éclaboussent David Cameron.

La première concerne Andy Coulson, son ancien conseiller en communication, qui avait été préalablement le rédacteur en chef de News of the World. Celui-ci a été arrêté mercredi et inculpé officiellement pour parjure. Cette accusation, avec laquelle la justice britannique ne badine pas, débouche régulièrement sur des peines de plusieurs années de prison.

Andy Coulson est accusé d’avoir menti lors du procès d’un député écossais (lui aussi pour parjure) en 2010, dans lequel il affirmait sous serment n’avoir aucune connaissance d’activités illégales au tabloïd quand il était à sa tête, entre 2003 et 2007, au moment où les écoutes téléphoniques étaient pourtant régulièrement pratiquées. La police est désormais en possession de millions d’e-mails de l’époque qui semblent indiquer le contraire. Cela soulève de nombreuses questions pour David Cameron. Pourquoi avoir embauché Andy Coulson dès 2007, six mois seulement après que celui-ci a dû démissionner de News of the World à cause du scandale des écoutes? Etait-ce une façon de s’attirer les faveurs du groupe Murdoch?

La deuxième affaire qui ébranle David Cameron concerne Jeremy Hunt, son ministre de la Culture, qui est sur un siège éjectable depuis un mois. Jeudi, il a dû s’expliquer toute la journée devant la commission d’enquête publique chargée du scandale Murdoch. Au cœur du problème le concernant se trouve l’offre faite mi-2010 par News Corp., le groupe de Rupert Murdoch, pour acheter l’intégralité de BSkyB, le bouquet satellite dont il possédait déjà 39%. Ses concurrents s’y opposaient, craignant une position trop dominante du groupe de presse sur les médias britanniques.

C’était au gouvernement de trancher, au nom de la loi sur la pluralité des médias. Initialement, Vince Cable, ministre de l’Industrie, a été chargé du dossier. Mais, après avoir été enregistré à son insu affirmant qu’il avait «déclaré la guerre à Murdoch», il en avait été dessaisi et c’est Jeremy Hunt qui avait hérité de cette décision brûlante, fin décembre 2011.

Problème: celui-ci semble avoir travaillé en sous-main pour News Corp. Un mois plus tôt, il avait envoyé un mémo secret à David Cameron, soutenant cette offre et soulignant que James Murdoch, le fils de Rupert, était «furieux» de l’attitude hostile de Vince Cable. Devant la commission d’enquête, il le reconnaissait hier: «Je considérais l’offre de façon sympathique.» Il affirme que «des milliers d’emplois» en dépendaient.

Sa défense est simple. Certes, il était en faveur de l’offre, mais il a suivi pendant tout le processus les recommandations des avocats de l’Etat et des différents régulateurs, et à aucun moment n’est intervenu en faveur des Murdoch. «C’est faux, s’emporte Chris Bryant, un député travailliste. Ce n’est pas de la sympathie que Jeremy Hunt avait, c’était de la connivence.» Un exemple, parmi beaucoup d’autres: les hauts fonctionnaires britanniques avaient averti Jeremy Hunt qu’il ne pouvait pas rencontrer les représentants de News Corp. pendant le processus d’offre. A la place, le ministre a cru bon d’avoir un appel téléphonique sur son portable directement avec James Murdoch.

Cela brosse le portrait d’un homme qui avait clairement choisi son camp. Pour l’instant, il a réussi de justesse à éviter la démission, en mettant à la porte son proche conseiller. Mais l’affaire est hautement embarrassante pour David Cameron.

Tout cela représente pourtant un paradoxe. Alors que ce sont les dérives journalistiques des tabloïds qui ont déclenché la tempête, c’est le premier ministre qui en subit aujourd’hui les conséquences politiques. Cela prouve que l’affaire dépasse largement la question des écoutes téléphoniques. Elle va au cœur du système politique britannique, et de l’incroyable puissance qu’a eue Rupert Murdoch depuis les années 1970. La commission d’enquête sert de véritable catharsis. Mais l’actuel chef du gouvernement conservateur, qui en a pourtant ordonné la mise en place, en fait les frais.

Jeremy Hunt a réussi de justesse à éviter la démission, en mettant à la porte son proche conseiller