Des témoignages connus, d’autres dont on ignorait tout. Certaines préfèrent conserver leur anonymat, d’autres acceptent de raconter leur histoire à visage découvert pour la première fois. Dans une émission diffusée mardi soir par Mediapart, vingt femmes ont pris la parole accusant l’ancienne vedette du JT de TF1 de viols, d’agressions sexuelles ou encore de harcèlement. Toutes reviennent sur les raisons qui les ont poussées à témoigner une nouvelle fois publiquement ou pour la première fois face caméra contre PPDA. Le 27 avril dernier, l’ancien présentateur a porté plainte pour dénonciation calomnieuse contre seize femmes ayant porté plainte contre lui pour violences sexuelles ou harcèlement sexuel.

«C’est un homme déchu, c’est un homme à genoux qui va taper dans la boue et éclabousser tout le monde. Ce n’est pas possible que l’on ait inventé tout cela […] Sa démarche n’est pas crédible», martèle Anouk Ortlieb. L’ancienne journaliste suisse revient alors sur des faits remontant à 2003. Elle avait rencontré PPDA, présentateur à l’époque d’une émission littéraire, tandis qu’elle venait de publier un roman. Cette dernière décrit une rencontre au cours de laquelle PPDA se serait ouvertement masturbé devant elle avant de lui poser des questions intimes liées à sa vie sexuelle.

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Nouveaux témoignages

Si la plupart des témoignages avaient été révélés, de nouveaux viennent s’ajouter à une liste déjà longue. Marie-Laure Eude-Delattre, conseillère commerciale, revient sur des faits remontant à 1985. «J’ai été violée par Monsieur Patrick Poivre d'Arvor. J’avais 23 ans et j’ai mis 36 ans à porter plainte», lance-t-elle au début de l’émission.

Margot Cauquil-Gleizes, enseignante, décrit quant à elle l’agression qu’elle aurait subie dans les années 1960 alors qu’elle était mineure. Ces deux femmes, loin du microcosme médiatique parisien, décrivent des faits similaires: un acte sexuel non consenti commis par surprise. «Il a fermé la porte à clé, détaille Marie-Laure Eude-Delattre. Et là, je l’ai vu nu comme un ver, qui se frottait sur le canapé. J’étais dans un état de sidération, je n’ai pas bougé.»

«Sœurs d’infortune»

Cette sidération au moment des faits, elles sont plusieurs à la décrire. Au cours de l’émission, les différentes victimes déclarées prennent la parole à tour de rôle. Solidarité et sororité sont de mise. Certaines tentent de s’exprimer, la gorge serrée et passent brièvement leur tour tant l’émotion semble insurmontable. «Nous sommes des sœurs d’infortune», illustre alors Florence Porcel. L’écrivaine avait déposé en février 2021 la première plainte à l’encontre de PPDA. «Il ne nous fait plus peur parce que nous sommes désormais ensemble», poursuit-elle. En novembre dernier, plusieurs victimes déclarées ont lancé l’association #MeTooMedias dans le but de déclencher une libération de la parole dans le monde médiatique.

«Nous, femmes, avons un rôle à jouer, ce n’est pas tolérable. Nous avons le droit de défendre nos filles et nos sœurs et n’avons pas à avoir peur parce que nous sommes ensemble», insiste Anouk Ortlieb.

PPDA refuse de s’exprimer

Mediapart souligne que «Patrick Poivre d'Arvor n’a pas donné suite» à sa demande d’entretien «dans des conditions similaires à celles proposées» aux témoins. Il «conteste toute violence, sexuelle ou non, à l’égard des femmes qui l’ont accusé», d’après les propos de son avocat rapportés par le site d’investigation en ligne.

Sur les réseaux sociaux, les réactions ont été nombreuses après la diffusion de l’émission. «Il est temps d’écouter, de croire et de cesser ces classements sans suite pour insuffisance de preuves quand l’agresseur nie car ceux-là nient toujours», a interpellé la comédienne et réalisatrice Andrea Bescond sur Instagram tandis que l'humoriste Florence Foresti saluait la «puissance» de «cette image de femmes, unies, solidaires, ensembles contre la violence».

L’ancien patron de TF1, Nonce Paolini, a déclaré comprendre «la souffrance» de ces femmes en assurant ne pas avoir été au courant au moment des faits présumés, relate l’AFP. A ce jour, dix-sept femmes ont porté plainte contre PPDA, dont huit pour viol. Seize d’entre elles, dont les plaintes ont été classées en juin pour prescription, sont actuellement visées par une plainte de PPDA pour «dénonciation calomnieuse». Une information judiciaire est toujours en cours à Nanterre à la suite de la plainte de la journaliste Florence Porcel. Au total, au moins 27 femmes ont témoigné contre PPDA dans la presse ou devant la justice, dont deux mineures au moment des faits présumés.


L’affaire PPDA en dates

18 février 2021: Dépôt de plainte de Florence Porcel.

Début mars 2021: Le journaliste est reçu dans l’émission du Groupe TF1 Quotidien et nie les accusations en bloc.

15 mars 2021: Le Monde dévoile une dizaine de témoignages faisant état d'«abus de position dominante» de la part de Patrick Poivre d'Arvor au fil des années.

16 mars 2021: La justice française, reçoit deux autres témoignages de faits «pouvant être qualifiés de viols».

31 mars 2021: Patrick Poivre d'Arvor dépose une plainte pour «dénonciation calomnieuse» contre Florence Porcel.

25 juin 2021: L’enquête pour viols, agressions et harcèlement sexuels visant PPDA est classée sans suite pour «prescription» ou pour «insuffisance de preuves».

27 avril 2022: PPDA porte plainte pour «dénonciation calomnieuse»

28 avril 2022: Une nouvelle plainte pour un viol est déposée à l’encontre de PPDA.