Etats-Unis

Affaire russe: un ancien patron du FBI est nommé procureur spécial

La nomination de Robert Mueller, à la solide réputation, est saluée au Congrès. Donald Trump espère des «conclusions rapides» pour l'enquête sur les interférences russes. En sus, le «New York Times» rapporte que Michael Flynn avait averti, avant l'investiture, qu'il était sous enquête

C’est l’homme qui va devoir déterminer s’il y a eu collusion ou pas entre des proches de Donald Trump et la Russie pendant la campagne présidentielle américaine. Robert Mueller, patron du FBI entre 2001 et 2013, a été nommé procureur spécial en charge de l'«affaire russe». Sa nomination, annoncée mercredi soir par le numéro deux du ministère de la Justice, est unanimement saluée au Congrès.

Le timing n’est pas anodin: soupçonné d’entraves à la justice, Donald Trump est plus critiqué et menacé que jamais. Mardi, le New York Times a révélé que le président aurait demandé en février à James Comey, le directeur du FBI qu’il vient de licencier, de laisser tomber l’enquête sur les connexions russes de son ancien conseiller à la sécurité nationale. Le brusque limogeage de James Comey la semaine dernière avait déjà choqué, puisqu’il était précisément en train d’enquêter sur l’affaire russe.

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Robert Mueller revient donc sur le devant de la scène en plein chaos. Des élus démocrates demandent la destitution de Donald Trump, affaibli par les révélations. L’affaire russe pèse sur son mandat: le président a déjà dû se séparer le 13 février de Michael Flynn, son ancien conseiller à la sécurité nationale, qui a menti à propos de ses contacts avec l’ambassadeur russe à Washington. Et le ministre de la Justice, Jeff Sessions, a dû se récuser de l’enquête. Lui aussi avait dans un premier temps caché certains contacts. Surtout, Donald Trump nie fermement toute «collusion». A plusieurs reprises, il a accusé les démocrates d’avoir «inventé l’histoire» pour détourner l’attention de la défaite d’Hillary Clinton.

Un revers pour Donald Trump

La nomination d’un procureur spécial devenait urgente. Elle vise à isoler les investigations du pouvoir politique, alors que le FBI dépend du ministère de la Justice. Républicains et démocrates ont réagi très positivement à l’annonce, Robert Mueller étant une figure respectée. Les élus démocrates demandaient un procureur spécial depuis le limogeage de James Comey. Il y a quelques jours encore, Donald Trump balayait fermement l’idée. Pour lui, les enquêtes en cours – du FBI et du Congrès – suffisaient amplement. Pour le président américain, c’est donc un revers.

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Le périmètre d’investigation de Robert Mueller inclut «tout lien et/ou coordination entre le gouvernement russe et des individus associés à la campagne du président Donald Trump», mais aussi «tout sujet» découlant de ces investigations. Mercredi soir, Donald Trump a réagi par communiqué. Il a exprimé son souhait que l’enquête soit «rapidement» bouclée. «Comme je l’ai dit à de nombreuses reprises, une enquête complète confirmera ce que nous savons déjà: il n’y a eu aucune collusion entre mon équipe de campagne et une entité étrangère», écrit-il. «J’ai hâte de voir cette affaire se conclure rapidement. Dans le même temps, je ne cesserai de me battre pour le peuple et les questions qui importent le plus pour l’avenir de notre pays».

Il sait s’opposer à la Maison-Blanche

Robert Mueller, 72 ans, bénéficie d’une très bonne réputation. Sixième patron du FBI, le New-Yorkais, qui a combattu durant la guerre du Vietnam, a notamment été procureur fédéral à San Francisco, puis numéro deux du Ministère de la justice sous George Bush père avant d’être nommé directeur du bureau. Son mandat à la tête du FBI s’est étendu au-delà des dix ans réglementaires: Barack Obama a obtenu du Congrès de pouvoir le prolonger de deux ans. L’extension a été approuvée dans les deux chambres sans aucun vote négatif, ce qui prouve le respect qu’il inspire.

Apolitique, Robert Mueller est décrit comme quelqu’un de méticuleux et surtout d’indépendant. Il a remanié le FBI après les attentats du 11 septembre 2001, et a défendu, au nom de la lutte contre le terrorisme, les programmes de surveillance des communications dévoilés par l’ex-agent de la CIA Edward Snowden. Mais en 2004, il s’était férocement opposé à George W. Bush qui l’avait nommé, contre des pratiques d’écoutes qu’il jugeait illégales. Il avait même menacé de démissionner. Tout comme James Comey, alors numéro deux du Ministère de la Justice.

Robert Mueller a l’habitude des situations complexes et atypiques: il est devenu patron du FBI six jours seulement avant les attentats du 11 septembre 2001.


Michael Flynn avait informé l’équipe Trump qu’il était visé par une enquête

L’ex-conseiller à la sécurité nationale Michael Flynn avait informé l’équipe du président américain Donald Trump, plusieurs semaines avant l’investiture, qu’il faisait l’objet d’une enquête fédérale, rapporte le New York Times. L’investigation portait sur un travail rémunéré de lobbyiste pendant la campagne auprès de la Turquie.

Michael Flynn l’a d’abord dit le 4 janvier à Donald F. McGahn II, alors responsable juridique de l’équipe de transition, et aujourd’hui conseiller juridique de la Maison-Blanche, précise jeudi le quotidien, qui s’appuie sur deux sources.

En dépit de cet avertissement, le président américain a nommé Michael Flynn à la tête du Conseil national de sécurité, ce qui donne accès à presque tous les secrets détenus par les agences américaines de renseignement.

Mais trois semaines à peine après sa prise de fonction, Michael Flynn a dû quitter la Maison-Blanche pour avoir discuté avant le 20 janvier – date de l’investiture – avec l’ambassadeur russe à Washington d’une éventuelle levée des sanctions contre Moscou. Il avait ensuite fait des déclarations inexactes au vice-président Mike Pence à ce sujet. (ATS/Reuters)

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