Comme depuis plusieurs nuits, des manifestants sont descendus en fin de soirée dans les rues de Tripoli, la capitale du nord du Liban, pour protester contre une inflation galopante et une dépréciation sans précédent de la monnaie nationale, en pleine pandémie de Covid-19. Les manifestations ont eu lieu à plusieurs endroits de la ville, dont le quartier al-Mina.

La nuit dernière, un manifestant de 26 ans est mort, tué par balle par l'armée. Selon la Croix-rouge libanaise, une vingtaine de civils ont été blessés ainsi que 40 militaires. Dans la journée, des centaines de jeunes ont saccagé et incendié une demi-douzaine de banques, arraché les pavés des trottoirs pour les lancer sur l'armée et incendié deux véhicules militaires. Ils ont été dispersés à coups de gaz lacrymogène et de balles en caoutchouc.

Tripoli n'est pas la seule ville du pays touchée par ces manifestations. A Beyrouth, une centaine de personnes ont défilé dans le quartier Hamra, où se trouve le siège de la Banque centrale, scandant des slogans contre son gouverneur. A Saïda (sud), des manifestants ont lancé des cocktails Molotov sur la branche locale de la Banque centrale.

Hausse de 55% des prix

Malgré les restrictions imposées face au nouveau coronavirus, la mobilisation populaire - déclenchée initialement à l'automne dernier - a repris il y a quelques jours contre le pouvoir accusé de corruption, d'incompétence et incapable de faire face à une crise économique inédite depuis la fin de la guerre civile (1975-1990).

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Raoul Nehmé, le ministre de l'Economie, a fait état d'une hausse de 55% des prix sans préciser la période correspondante. Le premier ministre Hassan Diab a reconnu «une aggravation à une vitesse record de la crise sociale», assurant «comprendre le cri des gens», mais a également rejeté «tout vandalisme», lors d'une réunion du gouvernement, dénonçant dans le même temps les «intentions malveillantes en coulisses».

«Le gouvernement n'a rien fait»

Tout cela a été aggravé par les mesures préventives contre la propagation du virus, qui ont paralysé un pays où sont officiellement recensés 717 cas, dont 24 décès. Au Liban, environ 45% de la population vit désormais sous le seuil de la pauvreté, selon des estimations officielles.

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En quelques semaines, la livre libanaise, indexée sur le dollar depuis 1997, a perdu plus de 150% de sa valeur face au billet vert au marché noir, dépassant le seuil des 4000 livres pour un dollar. Le taux officiel de 1507 livres reste inchangé. Le gouvernement affirme travailler sur un plan de relance économique n'ayant toujours pas été finalisé.

«Jusqu'à présent, le gouvernement n'a rien fait, si ce n'est suspendre le paiement des eurobonds», a affirmé à l'Agence France Presse (AFP) l'économiste Sami Nader, en référence au premier défaut de paiement dans l'histoire du pays, annoncé en mars. D'après lui, le pays se dirige «vers une explosion sociale inévitable, avec une monnaie ayant perdu près de 200% de sa valeur, et une forte baisse du pouvoir d'achat».