Un commando islamiste armé a attaqué tôt ce lundi des casernes de police et de l’armée à Ben Guerdane, dans le sud-est de la Tunisie, proche de la frontière libyenne. Les fusillades ont fait une trentaine de morts.

Vingt et un assaillants ont été tués et six autres capturés, a indiqué le Ministère de l’intérieur tunisien. De source médicale, on ajoute qu’au moins sept civils ont péri, de même qu’un soldat et un douanier.

Les attaques menées par des «terroristes» ont été déjouées, selon le service de communication du Ministère de l’intérieur, en allusion aux djihadistes. Des patrouilles de l’armée «se sont déployées dans la ville de Ben Guerdane et ont sécurisé ses accès», a-t-il ajouté.

Couvre-feu décrété

A la suite de cette attaque, les autorités ont imposé dans la ville un couvre-feu nocturne, qui sera en vigueur de 19h00 à 05h00, a annoncé le Ministère de l’intérieur.

«J’ai vu un grand nombre d’activistes à l’aube, qui couraient avec leurs kalachnikovs», a dit à Reuters un habitant, Hussein, par téléphone. «Ils disaient qu’ils étaient de l’Etat islamique (EI) et qu’ils venaient attaquer l’armée et la police», a-t-il expliqué.

Le ministère de l’Intérieur a invité les habitants à rester chez eux tandis que les fusillades se poursuivaient dans le centre de Ben Guerdane, une ville de 60 000 habitants située à une trentaine de kilomètres de la frontière libyenne.

Bouclage de Djerba

En outre, rapporte l’agence de presse tunisienne TAP, les autorités ont bouclé la station balnéaire de Djerba, non loin de là, et fermé deux postes frontières avec la Libye.

Ces violences interviennent alors que la Tunisie dit régulièrement son inquiétude à propos de la situation en Libye, pays voisin livré à un chaos qui a permis l’essor de l’EI. Craignant que le conflit libyen ne déborde sur son territoire, Tunis a creusé une tranchée le long de sa frontière, et des conseillers militaires occidentaux ont entrepris de former les unités de gardes-frontières tunisiens.

Des milliers de Tunisiens dans l’EI

Plus de 3000 Tunisiens sont partis combattre dans les rangs de l’EI et d’autres groupes djihadistes en Syrie et en Irak. Les responsables des services de sécurité tunisiens parlent de plus en plus de retours de ces djihadistes, qui rejoignent des groupes islamistes en Libye et franchissent clandestinement la frontière tunisienne.

Un bombardement américain a visé en février un camp d’entraînement de combattants et avait fait plusieurs dizaines de morts près de Sabrata, en Libye. Parmi les victimes figurerait le Tunisien Noureddine Chouchane, décrit comme un cadre opérationnel de l’EI et qui serait derrière deux attaques en Tunisie, celle du musée du Bardo à Tunis (22 morts) et celle de Sousse (38 morts).

Mercredi dernier, cinq extrémistes venus de Libye retranchés dans une maison ont été abattus lors d’une opération menée par les forces de sécurité à Ben Guerdane alors qu’un civil a été tué par une balle perdue. Au moins quatre des extrémistes étaient tunisiens. Le premier ministre Habib Essid avait dit que l’action des forces de l’ordre avait permis de «déjouer des actions terroristes».