Au terme de trois mois d'attente, un tiers des 175000 fonctionnaires palestiniens, qui n'avaient plus été payés en raison de l'arrêt de l'aide occidentale aux territoires, ont perçu lundi une partie de ce salaire. Certes, ces versements étaient réservés aux cas sociaux et aux agents de l'Autorité palestinienne (AP) perçevant un traitement de moins de 250 euros par mois, mais la nouvelle a provoqué une ruée sur les distributeurs de billets ainsi que sur les guichets de banque. A Gaza-City et dans plusieurs villes de Cisjordanie, des établissements ont également été saccagés par les familles des fonctionnaires qui réclamaient plus d'argent.

Nouvelle milice

Selon les observateurs présents sur place, le versement du salaire d'une partie des fonctionnaires a redonné un peu d'espoir à la population des Territoires. Mais un espoir limité puisque la situation financière de l'AP est toujours aussi catastrophique et que les violences entre le Hamas et le Fatah ont repris vendredi.

Alors que le Fatah déployait en Cisjordanie sa nouvelle milice de 3000 hommes censée concurrencer la Force de sécurité créée par le Hamas dans la bande de Gaza, sept personnes ont été tuées dimanche soir et une vingtaine d'autres - majoritairement des civils - ont été blessées au cours d'accrochages entre les tenants des deux camps. Ces heurts interpalestiniens sont les plus graves depuis le début de la difficile cohabitation du Fatah et du Hamas. Durant ces accrochages, le siège de radiotélévision publique de Khan Younis (sud de la bande de Gaza) a été entièrement dévasté.

Pour ajouter à ces violences, trois Palestiniens ont également été liquidés par l'armée israélienne et le fils du commandant des Brigades Ezzedine el-Kassam (la branche militaire du Hamas) a été tué dans une mystérieuse explosion survenue à l'entrée du camp de réfugiés de Jabaliah (Gaza).

La situation reste également très tendue au plan politique. L'ultimatum lancé au Hamas par le président palestinien Mahmoud Abbas afin qu'il reconnaisse le droit à l'existence d'Israël dans ses frontières de juin 1967 a expiré lundi à minuit. Selon son entourage et surtout son conseiller Yasser Abed Rabo, le raïs entend bel et bien consulter la population des Territoires si l'organisation islamiste n'avalise pas dans les prochaines heures le «Document pour la réconciliation nationale» rédigé par les leaders des prisonniers palestiniens détenus en Israël.

Parmi les 18 points de ce document figurent l'arrêt des attentats- suicides à l'intérieur de l'Etat hébreu et la reconnaissance du droit à l'existence de celui-ci, mais également le droit au retour des réfugiés palestiniens ayant fui ou ayant été chassés en 1948 (création d'Israël) ainsi qu'en 1967 (guerre des Six-Jours).

Présenté dans le cadre de la «Conférence pour le dialogue national», un forum inauguré il y a dix jours, à Ramallah et à Gaza-City, pour tenter de renouer le dialogue entre le Fatah et le Hamas, ce document est considéré comme «capital». Il a en tout cas été accepté par le parti d'Abbas et par de nombreuses associations représentatives de la société civile. Quant aux sondages, ils affirment que de 76% à 80% des Palestiniens le soutiennent. Mais pas la direction politique du Hamas en exil à Damas ni la plupart des responsables de cette organisation résidant dans la bande de Gaza.

Vers un référendum

S'estimant «porté par l'opinion», Mahmoud Abbas menace en tout cas l'organisation islamiste d'aller plus loin qu'un simple référendum en dissolvant le gouvernement d'Ismaïl Haniyeh afin d'organiser de nouvelles élections législatives dans le courant de l'automne. «Les arrêtés sont prêts et nous devons percer l'abcès, a déclaré Yasser Abed Rabo au micro de la Voix de la Palestine. Soit le Hamas saisit l'opportunité que lui donne le document des prisonniers soit nous allons au référendum. S'il n'accepte pas le résultat de cette consultation populaire, nous retournerons aux urnes car il n'est pas normal qu'un parti laisse mourir de faim toute une population au nom de principes politiques coupés de la réalité de la région».