Des policiers et des vigiles ont été attaqués à coups de couteaux au petit matin, mercredi, à Lukqun, une localité proche de Tourfan, dans la province chinoise occidentale du Xinjiang. En réaction, la police a ouvert le feu. En tout, au moins 27 morts, selon l’agence officielle Chine nouvelle. Le média d’Etat a promptement relaté les tragiques événements mais, en raison d’un contrôle très strict de l’information, il est presque impossible de corroborer, ou d’infirmer, la version officielle. Cette nouvelle flambée de violence survient à la veille du quatrième anniversaire des émeutes d’Urumqi.

Coïncidence ou revanche planifiée, les événements d’hier interviennent presque jour pour jour après l’assassinat dans la province côtière du Guangdong de deux migrants ouïgours, dans la nuit du 25 juin 2009. Ce double meurtre raciste avait provoqué, en guise de protestation, des émeutes, dix jours plus tard, à Urumqi, capitale du Xinjiang. Le bilan avait alors dépassé les 200 morts.

Le Xinjiang est régulièrement secoué par des échauffourées entre les autochtones ouïgours, musulmans et turcophones, et les Han, ultra-majoritaires en Chine. Les dernières remontent au mois d’avril, lorsque 21 personnes ont trouvé la mort dans des affrontements entre policiers et «séparatistes terroristes», selon la terminologie utilisée par les agences chinoises.

«L’hypothèse d’une attaque concertée n’est pas vraisemblable. Le Xinjiang est noyauté par la police qui contrôle tout», commente Nuri Musabay, le vice-président du Congrès mondial des Ouïgours (WUC), une organisation qui représente les Ouïgours en exil. Le porte-parole du WUC, Alim Seytoff, avance la discrimination ethnique et religieuse comme principale cause de tensions: «Depuis 2011, de nouveaux champs pétrolifères sont exploités à Lukqun. La plupart des postes de travail ont été offerts à des Han venus par milliers. Les Ouïgours, en mal d’embauche, souffrent en plus de la hausse des prix consécutive à l’arrivée des migrants. Les frustrations augmentent d’autant que les forces de l’ordre se montrent très brutales à l’égard des populations locales.»

Exclus de la croissance

Avec l’exploitation des ressources du Xinjiang, l’équilibre démographique de la province a changé, au détriment de la population ouïgoure, confirme le politologue Thierry Kellner: «Les Ouïgours se sentent exclus de la croissance chinoise. L’activité minière ne profite pas à la province. Les heurts entre Ouïgours et colons chinois deviennent de plus en plus fréquents et tendent à dégénérer violemment. Pékin a échoué à intégrer les Ouïgours et n’a pas non plus tiré les leçons des émeutes de 2009.» Selon lui, le recours à la force brutale ne fait qu’augmenter le ressentiment.