Une primaire ouverte à la «gauche de gouvernement»: le Parti socialiste français ne pouvait guère faire mieux, lors de son Conseil national ce samedi, pour slalomer entre la rébellion des opposants au tandem François Hollande - Manuel Valls, et l'évidente envie du président de la République de se représenter pour un second mandat en mai 2017.

Les termes de l'exercice sont ainsi bien posés: pas question, pour le PS, de renier en bloc ce qui a été fait depuis mai 2012. Avec une claire volonté: resserrer les rangs dans ce que le PS a depuis peu baptisé «la belle alliance populaire»: un front PS, radicaux de gauche et Verts, afin d'empêcher en particulier une candidature écologiste hors parti qui viendrait tout chambouler.

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Au final, l'exercice ressemble à une belle manoeuvre tactique qui sera au coeur de l'université d'été du PS à Nantes, du 26 au 28 août. S'il confirme en décembre, alors que le candidat de la droite aura été investi le 27 novembre, qu'il brigue un second mandat de cinq ans, le chef de l'Etat sortant aura un peu plus d'un mois devant lui pour se préparer à affronter ses adversaires, avec l'avantage colossal de la machine gouvernementale derrière lui.

Pas facile, en effet, pour ses potentiels rivaux de se positionner dans la course tant que François Hollande n'aura pas décidé de se lancer. Point majeur: l'Elysée détient toujours les clés, et une marge d'avance pour le sprint qui suivra.

Les législatives en point de mire

Point capital: le candidat ainsi désigné contrôlera les investitures socialistes pour les élections législatives de juin 2017 qui suivront le scrutin présidentiel. Ce qui permettra d'éviter le scénario de 2012, lorsque Martine Aubry, rivale battue par François Hollande à l'issue des primaires socialistes d'octobre 2011, avait eu la main sur les désignations de candidats, avantageant son camp...

Autre bénéfice de cet exercice imposé au PS par ses statuts - ils prévoient une primaire «citoyenne ouverte» - et surtout par les turbulences internes entre la cinquantaine de député «frondeurs» (opposés par exemple à l'actuel projet de loi sur la réforme du code du travail) et le reste de la majorité parlementaire: ces primaires de «la gauche de gouvernement» prennent acte d'emblée de la candidature de Jean-Luc Mélenchon au nom de la gauche radicale et ex-communiste.

Jean-Luc Mélenchon en lice

Candidat déclaré depuis février 2016, celui-ci a actuellement le vent en poupe dans les sondages (35% de sympathisants à gauche selon un récent sondage Sofres) et va donc servir d'épouvantail à l'actuelle direction du Parti socialiste alignée sur l'Elysée. A quoi bon désigner un candidat dont les orientations politiques «à gauche toute» tuileront avec celles de Jean-Luc Mélenchon ?

Un plaidoyer de fait pour une candidature réformiste, au centre gauche de l'échiquier politique. Avec l'espoir que, comme à l'automne 2011 qui avait vu 2,7 millions de votants se prononcer, cette primaire attirera bien au delà du cercle de plus en plus restreint des adhérents du parti (ils seraient moins de 100 000).

Qui pour faire mordre la poussière à François Hollande ?

Qui, dès lors, pourrait faire mordre la poussière à François Hollande dans une primaire ainsi taillée sur mesure pour lui convenir ? Cinq noms surgissent, plus ou moins probables, assurés de faire frémir l'Elysée.

Le premier est celui d'Arnaud Montebourg. L'ancien ministre du redressement productif (juin 2012 - août 2014) a terminé en troisième position lors des primaires de l'automne 2011 avec prés de 16% des voix. Il a annoncé en mai dernier, au Mont Beuvray, qu'il travaillait à un grand «projet alternatif».

Sa pugnacité, son talent oratoire, mais aussi la liberté dont il a fait preuve en affichant sa dissidence d'avec Manuel Valls qui le congédia sitôt nommé premier ministre, le placent naturellement dans le collimateur élyséen. 

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Le deuxième nom, dont personne ne parle encore, est celui de Martine Aubry. L'ancienne ministre du travail et patronne du PS, battue par François Hollande en 2011, n'a pas cessé d'entretenir la flamme de la contestation au gouvernement qu'elle juge trop centriste, sans pour autant rompre les rangs.

Or l'actuelle bataille sur la question du marché du travail, qu'elle connaît très bien, replace en pole-position celle qui fit adopter en 2000 les 35 heures hebdomadaires aux cotés de Dominique Strauss-Kahn, dans le gouvernement de Lionel Jospin. La maire de Lille, 65 ans, est jugée par beaucoup «hors course» et pénalisée par son isolement et son mauvais caractère. N'empèche: il faudra compter avec elle. Au front ou en coulisses...

La troisième personnalité à suivre de prés est Emmanuel Macron. L'actuel ministre de l'économie, 38 ans, subit ces temps-ci les coups et il s'est recentré sur son ministère. Mais voilà qu'un sondage RTL-Le Figaro vient de le sacrer «meilleur candidat de la gauche» aux yeux des Français !

Alors ? On sait que son mouvement «En Marche», qui répond à ses initiales, recrute bien (50 000 adhésions annoncées), et que les médias lui font les yeux doux. Il occuperait, s'il se présente, le créneau «social-libéral» que l'actuel premier ministre Manuel Valls avait échoué à faire exister en 2011, puisqu'il n'avait récolté que 6% des voix à la primaire.

On connait la suite.. Fait à priori certain: s'il veut être candidat, Emmanuel Macron devra très vite quitter le gouvernement. En sachant que François Hollande l'a déjà averti lors d'un entretien télévisé en affirmant: «Il sait ce qu'il me doit...»

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Quatrième nom susceptible d'inquiéter l'Elysée, celui de la maire de Paris Anne Hidalgo, 57 ans, proche des «frondeurs», hostile à l'actuel projet de loi sur la réforme du code du travail. Elle est forte d'un vrai réseau d'influence au sein du PS. Cette ancienne inspectrice du travail est pugnace et elle pourrait incarner ce renouveau des métropoles qui peuvent «changer la France».

Le fait d'être une femme la positionne fort dans cette campagne alors que le vainqueur de la primaire à droite sera à coup sûr un homme (Juppé, Sarkozy, Fillon ou Le Maire). Son bras de fer actuel avec François Hollande, à qui elle demande d'abandonner le projet d'exposition universelle 2025 pour favoriser la candidature de Paris aux Jeux Olympiques de 2024, fait partie de l'équation. La candidature parisienne aux JO doit être officialisée en janvier 2017 et le Comité international olympique statuera durant l'été 2017. 

Cinquième nom qui constituerait une énorme surprise et pourrait «renverser» la table de ces primaires: Nicolas Hulot. L'ancien animateur TV, crédité d'une vraie compétence sur le terrain de l'écologie, profite à plein du réseau politique et diplomatique qu'il a tissé comme conseiller de François Hollande pour l'organisation de la grande conférence climat COP 21 organisée à Paris en décembre 2015. Il sait, bien sûr, que la politique est un sport compliqué, lui que les Verts avaient rejeté en 2012 au profit de leur candidate Eva Joly. Laquelle a plafonné au premier tour des présidentielles à 1,57% des voix.

Alors ? Les proches de Nicolas Hulot ressassent le même refrain: il y pense, il aimerait bien, mais il n'aime pas la politique, ne veut pas être enfermé dans une logique de parti et se sent en réalité plutôt proche du centre-droit. Bref, être ou ne pas être dissident, telle serait la question.

S'ajoutent à ces noms celui du premier ministre Manuel Valls, qui jouerait évidemment le recours si François Hollande ne se représentait pas (mais que l'on voit mal se présenter contre lui, vu leur bilan commun depuis deux ans), celui de l'ancienne patronne des Verts Cécile Duflot, ou ceux de candidats possibles des radicaux de gauche.

Mais côté suspense, les noms ci-dessus sont ceux qui promettent le plus d'alimenter, au sein de la gauche socialiste française, le feuilleton de ces prochains mois.