La guerre va-t-elle opérer son retour dans la dernière ligne droite de la course à la présidence américaine? Jeudi, la Maison-Blanche indiquait avoir décidé la révision dans l'urgence de sa politique en Afghanistan suite aux premières conclusions alarmantes d'un rapport, classé confidentiel, des «National Intelligence Estimates» qui fournissent une synthèse des recherches des seize agences américaines du renseignement.

Révélée mercredi par le New York Times, ce rapport conclut que l'Afghanistan est pris dans «une spirale descendante». Il juge que «l'effondrement de l'autorité centrale en Afghanistan s'est accéléré en raison de la corruption rampante dans le gouvernement du président Hamid Karzaï et d'une augmentation de la violence des militants qui lancent des attaques de plus en plus sophistiquées» depuis le Pakistan. L'économie afghane dépendrait pour 50% du trafic d'héroïne. Interrogée à ce sujet, la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, a indiqué qu'elle n'avait pas encore lu ce document tout en ajoutant que «l'Afghanistan est un endroit difficile».

L'intérêt de ce rapport n'est pas tant ce qu'il contient - les informations abondent sur la désagrégation de l'Afghanistan et les risques de contagion au Pakistan - mais sa source. C'est la première fois depuis l'invasion de l'Afghanistan, fin 2001, que l'administration américaine produit un tel document. Les Américains pourraient bien redécouvrir les affres d'une guerre d'occupation qui n'en porte pas le nom. Après ce rapport, indique le Washington Post, le conseiller du président George Bush pour les guerres menées en Afghanistan et en Irak, le général Douglas Lute, a demandé au Pentagone et aux responsables du Département d'Etat de «revenir aux questions basiques»: «Quels sont nos objectifs» et «que pouvons-nous espérer obtenir» en Afghanistan?

La tension monte en Afghanistan alors que la situation en Irak s'est partiellement apaisée depuis un an. Mais là aussi, des signes inquiétants indiquent qu'une nouvelle spirale de violence est toujours possible. Jeudi, un député du mouvement du chef chiite radical Moqtada Sadr a été tué dans un attentat à Bagdad. C'est le premier assassinat d'un parlementaire depuis dix-huit mois. Dans le même temps, deux chefs sunnites de milices «anti-Al-Qaida» ont été éliminés.