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Des Kurdes syriens lors de funérailles à Afrine, le 29 janvier dernier.
© Delil souleiman/AFP PHOTO

Syrie

Afrine aux mains des Turcs: «Un coup de poignard»

Abandonnés à la fois par la Russie et par les Etats-Unis, les combattants kurdes ont décidé de quitter la ville du nord de la Syrie. Les humanitaires craignent le pire

La ville syrienne d’Afrine est tombée dans l’escarcelle turque, sans coup férir. «Ils sont partis la queue entre les jambes», s’est exclamé le président turc, Recep Tayyip Erdogan, en se gaussant du départ précipité des combattants des Unités de protection du peuple (YPG), la milice kurde qui contrôlait la ville. Face aux soldats d’élite turcs, et à leurs milices-relais syriennes, les Kurdes ont préféré limiter les frais.

«Nous sommes capables d’utiliser la force, mais nous savons aussi recourir à la sagesse», explique au Temps Khaled Issa, le représentant en France du Rojava, le Kurdistan syrien. Une «sagesse» qui a cependant conduit à un exode massif de la population. Au moins deux habitants sur trois d’Afrine, soit peut-être 250 000 personnes, ont fui la progression de l’armée turque à la suite de la débandade des miliciens.

Abandon du soutien russe

Afrine était jusqu’ici l’un des très rares lieux à avoir été épargnés par sept ans de guerre en Syrie. Alors que les YPG sont le principal allié des Etats-Unis dans l’est de la Syrie, elles s’étaient placées ici sous la protection de la Russie, qui maintenait une demi-douzaine de postes militaires dans cette enclave. «Nous avions un accord avec les Russes», confirme Khaled Issa. A priori, la seule présence des Russes devait suffire à maintenir à distance la Turquie, qui ne veut pas entendre parler d’une consolidation des positions kurdes à sa frontière.

Premier coup de poignard dans le dos des forces kurdes: Moscou n’a pas bronché lorsque Ankara a lancé, il y a bientôt deux mois, son opération militaire dans le nord de la Syrie, baptisée «Rameau d’olivier». «Les bombardements turcs étaient de plus en plus violents. Ils touchaient les civils, visaient les hôpitaux… Nous ne pouvions pas courir le risque de voir notre population se faire massacrer», insiste le responsable kurde pour justifier le retrait des combattants.

L'inaction de Washington

Si la Russie a préféré s’entendre avec la Turquie plutôt qu’avec les Kurdes, le manque de réaction de Washington a été ressenti comme un deuxième coup de poignard. Un peu plus à l’est, c’est en coopération étroite avec la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis que les combattants des YPG ont servi de fer de lance pour mener bataille contre les djihadistes de l’Etat islamique. «Nos combattants et les Américains sont devenus des frères d’armes, soupire Khaled Issa. Or, aujourd’hui, les Etats-Unis les regardent se faire tuer sans sourciller. Cela met en question leur responsabilité morale», souligne-t-il, en mettant aussi dans le même sac les alliés de l’Amérique, et notamment la France qui, à ses yeux, partage la même responsabilité.

Début février, l’aviation américaine avait répondu avec force à une attaque lancée contre les forces kurdes à Deir-ez-Zor, au bord de l’Euphrate, tuant sans doute des dizaines de mercenaires russes. A Afrine, pourtant, face aux bombardements menés par la Turquie (un pays allié au sein de l’OTAN) et exécutés avec la bénédiction de Moscou, ils n’ont pas bougé le petit doigt. Comme s’il s’agissait de délimiter une fois pour toutes les zones d’influence des grandes puissances, qui sont en train de dépecer la Syrie.

La réaction du CICR

Rentrant d’un voyage de dix jours dans la région, Peter Maurer, le président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), s’en prenait vertement lundi à ces puissances qui mènent des «guerres par délégation» en Syrie, ce qui leur permet, croient-elles, de «s’affranchir de leurs responsabilités». Le CICR, dévoilait-il, a déjà commencé à mettre sur pied des opérations d’urgence pour tenter de venir en aide aux dizaines de milliers de nouveaux déplacés qui ont fui Afrine. Mais il s’agit aussi de porter assistance à ceux qui ont décidé de rester. Pointant le doigt de manière inhabituelle, Peter Maurer estimait que le Croissant-Rouge turc a une «crédibilité proche de zéro» à l’heure de venir en aide aux habitants kurdes de la ville.

Pour leur part, l’armée turque et ses alliés sur le terrain poursuivaient lundi leurs opérations, se rapprochant du nord de la ville d’Alep. Et le président turc de citer la liste des villes qui, comme Manbij ou Qamichli, allaient bientôt connaître le même sort qu’Afrine, même si elles se situent dans la zone d’influence américaine. «Si le coup d’Afrine passe, plus rien ne pourra arrêter Erdogan», résume Khaled Issa.

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