Après les derniers meetings électoraux qui ont attiré la foule, des millions de Burundais ont fait la queue devant les bureaux de vote mercredi pour élire un nouveau président, renouveler le parlement et les assemblées locales. Ce n’est pas le premier pays à maintenir les élections malgré la pandémie de Covid-19. Le Cameroun et la Guinée ont voté en mars, le Mali en avril et le Bénin en mai. D’autres pays, à l’instar de l’Ethiopie, ont préféré repousser les élections.

Avec 90 943 cas confirmés et 2885 décès au mercredi 20 mai, l’Afrique est toujours relativement peu touchée, mais certains pays suscitent l’inquiétude pour leur manque de transparence. Le Burundi est l’un d’eux, surtout depuis que le pays a expulsé plusieurs représentants de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Parmi eux, le chef de mission dans ce petit pays de 11 millions d’habitants, dont trois quarts vivent sous le seuil de pauvreté.

En vidéo: «Covid-19: pourquoi l’Afrique est plus épargnée que les autres»

Les autorités burundaises ont accusé l’OMS «d’ingérence» sans donner plus de détails. Officiellement, le pays rapporte seulement 42 cas de Covid-19 avec un seul décès. Un bilan qui suscite des doutes vu le déni au sommet de l’Etat. Le pays fonctionne normalement, alors que le Rwanda voisin a confiné sa population pour freiner la pandémie.

Contexte explosif

En mars, le porte-parole du président sortant Pierre Nkurunziza, membre d’une Eglise évangélique, affirmait que le Burundi était épargné grâce à la dévotion de ses habitants. «Le Burundi est une exception, car il a donné à Dieu la première place», disait-il, excluant tout report des élections générales.

Le Covid-19 s’est malgré tout invité dans la campagne émaillée de nombreuses violences contre l’opposition. Cette dernière accuse Pierre Nkurunziza de cacher le nombre réel de victimes du Covid-19 en les faisant passer pour des décès d’autres maladies, comme la pneumonie. Le Burundi est en quarantaine de la communauté internationale depuis que Pierre Nkurunziza a réprimé les manifestations contre sa réélection en 2015 pour un troisième mandat, au mépris des accords de paix de 2001.

Pierre Nkurunziza ne se représente pas cette fois-ci mais il a désigné un dauphin. Aucun observateur indépendant ne surveillera la régularité du scrutin verrouillé par le parti présidentiel. Alors que la répression n’a jamais cessé depuis 2015, l’annonce des résultats pourrait conduire à une nouvelle explosion de violences.

Eglises et mosquées ouvertes

La foi des autorités face au Covid-19 est identique chez le voisin tanzanien. Le président John Magufuli, déjà en pleine dérive autoritaire avant la pandémie, a juré dimanche que les cas diminuaient grâce aux prières des Tanzaniens. Le gouvernement n’a pas publié le moindre bilan depuis la fin du mois d’avril, au grand dam de l’opposition qui réclame en vain un point de situation quotidien.

«Au train où vont les choses, nous pourrons de nouveau programmer trois jours de prières pour remercier Dieu de l’issue [de la crise], probablement à partir de vendredi prochain», a estimé le président à l’issue d’une messe qui a été retransmise à la télévision. Les églises et les mosquées sont restées ouvertes en Tanzanie, alors que le gouvernement a fermé les écoles et interdit les rassemblements.

Loin de l’optimisme du président, l’ambassade américaine a mis en garde contre les déplacements dans la capitale Dar es Salaam. Les réseaux sociaux ont diffusé des images de cérémonies funèbres de nuit dans la région de Dar es Salaam, suggérant que des victimes du Covid-19 puissent être enterrées en catimini. Les autorités rétorquent qu’il s’agit de mises en scène pour mettre le gouvernement sur la défensive. Le Tanzanie est elle aussi en année électorale, même si aucune date n’a encore été fixée pour les élections parlementaires et présidentielle.

Manque de tests

Le compteur des cas officiels de Covid-19 en Tanzanie est toujours bloqué à 509 cas, pour 21 décès. Le pays a effectué à peine plus de tests que le nombre de cas déclaré. Il n’y a qu’un seul laboratoire de dépistage pour tout le pays et ses 58 millions d’habitants, pointe l’opposition.

De manière générale, si l’Afrique est moins touchée par le coronavirus, c’est aussi que le dépistage est insuffisant. «Les disparités sont énormes entre les pays. Ce n’est pas seulement une question de capacités mais aussi de volonté politique, affirme Franck Ale, épidémiologiste pour Médecins sans frontières à Dakar. Il y a beaucoup d’enjeux politiques et économiques pour des pays qui doivent concilier à la fois le besoin de contenir la pandémie, tout en limitant les impacts socio-économiques des mesures de restrictions. Quoi qu’il en soit, il faudrait davantage d’harmonisation pour mieux suivre l’évolution de la pandémie grâce à un renforcement de la surveillance et des tests.»

Selon une analyse de l’agence Reuters, l’Afrique du Sud et le Ghana ont réalisé à eux deux la moitié des tests sur le continent. En moyenne, les pays africains ont réalisé 68,5 tests pour 100 000 habitants, contre 2271 en Europe. Le Kenya, avec 50 tests pour 100 000 habitants, l’Ethiopie (23 tests), le Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique secoué par les violences, en particulier dans le nord du pays, (10 tests), l’immense et fragile République démocratique du Congo (3 tests), le Soudan (2 tests) et la Tanzanie (un test) sont en dessous de la moyenne africaine.