Russie

«Agent de la CIA» démasqué à Moscou

L’affaire a été immédiatement transmise aux médias et pourrait compliquer la fragile coopération russo-américaine dans l’enquête sur l’attentat de Boston

Habituellement avare d’informations, le FSB (ex-KGB) s’est empressé de partager les résultats de sa dernière opération. Lundi soir, l’agence russe a interpellé un «agent de la CIA» la main dans le sac. Un espion américain tentait, selon le FSB, de recruter un membre des services de sécurité russe. D’après le contre-espionnage russe, l’homme s’appelle Ryan Christopher Fogle, sa «couverture» est un poste de troisième secrétaire à l’ambassade des Etats-Unis à Moscou. Au moment des faits, il portait des équipements techniques spéciaux, une grosse somme d’argent et «disposait d’instruments destinés à masquer son apparence». Le FSB cite des extraits d’une lettre d’instruction trouvée sur l’agent: «Nous sommes prêts à vous proposer 100 000 dollars et à négocier avec vous. […] Le salaire peut être bien supérieur. […] Nous proposons 1 million de dollars par an pour une coopération sur le long terme.» Ryan Christopher Fogle, qui a été relâché dès le lendemain, ­travaille effectivement dans la section politique de l’ambassade des Etats-Unis à Moscou.

L’ambassadeur américain Michael McFaul, souvent prompt à ­répondre aux questions sur les dossiers «chauds» via son compte Twitter, refuse tout commentaire. Il a été immédiatement convoqué au Ministère russe des affaires étrangères. L’élément qui a frappé tous les commentateurs mardi est la ­diligence avec laquelle le FSB a commenté l’opération, les affaires d’espionnage étant généralement discrètement traitées en coulisse.

«Ce n’est pas tant l’information qui surprend, que la manière dont elle est annoncée, a souligné hier Yuri Kobaladze, un ancien agent de renseignement, sur les ondes de radio BFM. Quand de telles informations sont dévoilées, il s’agit toujours de politique.»

La chaîne de télévision en langue anglaise du Kremlin, RT, a diffusé des images filmées par le FSB après l’interpellation. Ryan Christopher Fogle apparaît portant une casquette beige et une perruque blonde. La caméra filme également son équipement, disposé sur une table, qui comprend deux perruques, une liasse de billets, un téléphone portable, un micro et un autre appareil non identifié.

Coopération après Boston

Le FSB souligne que, «ces derniers temps, le renseignement américain a tenté de recruter des agents parmi les organes de sécurité russe». Ce constat est dressé un mois après l’attentat de Boston, commis par les frères Tsarnaev, qui sont d’origine tchétchène et ont vécu en Russie avant d’émigrer aux Etats-Unis. Le FSB avait, en 2011, alerté le FBI de soupçons sur les tendances extrémistes du frère aîné, mais le FBI s’est plaint après l’attentat de n’avoir reçu aucun détail sur la nature des soupçons. Depuis, Vladimir Poutine et Barack Obama avaient promis une meilleure co­opération entre leurs services.

Ce scandale paraît contredire les intentions affichées, alors que, par ailleurs, Moscou semblait se rapprocher des positions occidentales sur le dossier syrien. Un diplomate européen avance une autre explication: «Je ne pense pas que cette affaire cause du tort aux relations bilatérales [russo-américaines]. C’est une opération médiatique qui permet au FSB de rappeler aux Russes qu’il remplit une fonction unique et indispensable à la sécurité du pays. Il justifie ainsi son très important budget.»

Mais le scandale éclate aussi sur fond de campagne médiatique orchestrée par le Kremlin, aux accents de plus en plus anti-occidentaux. Ce pourrait être une riposte après l’humiliation subie par les services secrets russes en 2010, lorsqu’une dizaine d’«espions dormants», dont la flamboyante rousse Anna Chapman, avaient été débusqués par le FBI aux Etats-Unis.

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