De grandes manoeuvres semblent avoir commencé autour de cette Iranienne condamnée à la lapidation pour adultère, et dont le sort fait l’objet d’une forte mobilisation notamment en Occident depuis cet été. La peine de mort de Sakineh Mohammadi-Ashtiani pourrait en effet être annulée, du moins si on en croit un haut responsable de la Justice iranienne, le chef de la Justice de la province d’Azerbaïdjan oriental, Malek Ajdar Sharifi, qui a déclaré ce di manche que «tout était possible».

Selon ce responsable, certains «doutes» demeurent encore quant aux «preuves» dans l’affaire de Sakineh, ce qui a retardé la prise d’une décision finale. «Comme l’accusée nie ou donne des justifications et qu’il y a des ambiguïtés quant aux preuves, la procédure est prolongée», a-t-il répondu interrogé sur les raisons pour lesquelles le verdict final n’a pas encore été rendu.

Cette remarque intervient au lendemain d’une intervention du fils de Mme Mohammadi-Ashtiani, Sajjad Ghaderzadeh, qui a demandé samedi devant la presse que la peine de mort soit commuée, lors d’une rencontre dont il faut souligner qu’elle a été organisée par les services de justice locale de M. Sharifi.

Ceux-ci ont fait apparaître Sajjad Ghaderzadeh puis sa mère devant un groupe de journalistes travaillant pour la presse internationale dans une résidence appartenant à la justice locale à Tabriz où la condamnée est emprisonnée.

Le fils est venu, à la surprise de nombre de ses soutiens hors d’Iran, demander la fin de la campagne d’opinion que lui-même a lancée il y a quelques mois. Il s’en est aussi pris à l’avocat de Sakineh, «Mohammad Mostafaie, qui m’a pris 20 millions de rials et s’est échappé à l’étranger sans jamais me rencontrer ni voir ma mère», a-t-il ajouté. L’avocat est en fait réfugié en Norvège depuis le début du mois d’août, pour échapper à un mandat d’arrêt émis par les autorités iraniennes.

Sakineh, maintenant âgée de 43 ans, a parlé elle moins de 10 minutes devant les journalistes, qui n’ont pas pu poser de questions. Dans son intervention, Mme Mohammadi-Ashtiani a affirmé qu’elle entendait porter plainte contre plusieurs personnes dont deux journalistes allemands venus interviewer son fils et emprisonnés depuis en Iran. «Laissez tomber mon affaire» a-t-elle demandé à la presse.

Outre les deux Allemands, elle a indiqué vouloir poursuivre Me Mohammad Mostafaie son ancien avocat, Mina Ahadi, qui dirige le Comité international anti-lapidation dont le siège est à Cologne, et son complice dans le meurtre de son époux, Issa Taheri. Des accusations dont nombre d’observateurs soulignent qu’elles surviennent alors que le fils et la mère ont été extraits de leur prison pour les prononcer.

«Mise en scène cynique»

Ainsi le philosophe français Bernard-Henri Lévy dénonce ce dimanche la «manipulation» de Sakineh Mohammadi-Ashtiani: «Il est évidemment plus facile de manipuler une Sakineh qu’un Jafar Panahi», cinéaste iranien récemment condamné, ou que certaines autres «victimes de l’arbitraire du pouvoir iranien», affirme-t-il dans un texte publié dimanche sur le site de sa revue, La règle du Jeu.

Le philosophe dénonce cette «dernière mascarade» du pouvoir iranien, estimant que les déclarations de Sakineh à la presse à Tabriz, ville du nord-ouest de l’Iran où cette mère de famille de 43 ans est emprisonnée, relèvent d’une «mise en scène» cynique.

Comité de soutien en Allemagne

Enfin il faut noter qu’en marge de cette affaire, cent personnalités allemandes, dont plusieurs ministres, des dirigeants d’entreprise et des sportifs de haut niveau, ont appelé dimanche à la libération des deux journalistes allemands détenus en Iran depuis qu’ils étaient venus enquêter sur l’affaire Sakineh. L’appel a été publié par l’hebdomadaire Bild am Sonntag pour qui travaillent les deux journalistes.

Mme Mohammadi-Ashtiani a été condamnée à mort en 2006 pour implication dans le meurtre de son mari, avec l’aide de son amant Issa Taheri, et à la lapidation pour adultères. La première peine a été ramenée à 10 ans de prison en appel en 2007, mais la seconde a été confirmée la même année par une autre cour d’appel.