«Ces mensonges ne valent même pas l'encre qui a servi à les imprimer et j'invite tous ceux qui veulent se faire une idée à venir voir sur le terrain.» En visite à Rome, où il a notamment été reçu par le pape, le premier ministre palestinien Ahmad Qoreï a fermement rejeté jeudi les accusations de «corruption» lancées à son encontre par plusieurs députés du Conseil national (le parlement de l'Autorité palestinienne), qui le soupçonnent ouvertement de «collaborer avec Israël pour de l'argent». Pourtant, ces élus ont bel et bien décidé d'ouvrir une enquête parlementaire afin d'établir si les cimenteries Al-Quds, l'entreprise familiale du chef du gouvernement, ont fourni du matériel aux entrepreneurs israéliens chargés d'ériger le «mur de séparation» en Cisjordanie.

Si les soupçons pesant sur Qoreï devaient être confirmés – des députés palestiniens affirment qu'il a transféré la propriété de l'entreprise à ses proches lors de sa nomination à la tête du gouvernement de l'AP –, sa carrière politique serait brisée net car c'est avec le ciment d'Al-Quds qu'a notamment été construit le mur bétonné d'Abou Dis, un village dont le chef du gouvernement de l'AP est le notable le plus connu.

Les allégations selon lesquelles Qoreï serait le vrai patron des cimenteries Al-Quds ne sont pas nouvelles. En 1999, l'hebdomadaire israélien Yerouchalaïm avait déjà publié des informations selon lesquelles cette société vendait du matériel de construction aux entrepreneurs israéliens chargés d'agrandir les colonies juives des Territoires. Cependant, à l'époque, ce dossier n'avait pas fait de bruit puisqu'il confirmait ce que tout le monde pouvait constater sur le terrain. A savoir, que les entrepreneurs de l'Etat hébreu sous-traitaient la construction des implantations à des PME palestiniennes dont les dirigeants étaient souvent liés au Fatah ou à l'AP, et que ces derniers recrutaient leur main-d'œuvre non qualifiée dans les villages de Cisjordanie. Mal payés et travaillant de dix à douze heures par jour, ces ouvriers pouvaient, de plus, être renvoyés sur-le- champ s'ils ne convenaient pas.

Récemment, le vice-chef de l'état-major de Tsahal, Gaby Ashkenazi, invité à comparaître devant la commission de la Défense de la Knesset, a confirmé le 24 décembre 2003 que des Palestiniens sont effectivement employés à la construction du mur. Il ne s'agit cependant pas de travailleurs recrutés à la va-vite mais d'ouvriers bénéficiant d'un permis de travail, donc considérés comme «sûrs» par la Sûreté générale. Selon ce général, ils formeraient «une partie conséquente» des 15 000 personnes employées par ce chantier géant.

Quoi qu'il en soit, les députés palestiniens Jamal Chati et Hassan Kereicheh à l'origine de l'enquête sur les cimenteries Al-Quds ne se contenteront pas de mener des investigations sur les affaires de Qoreï. Ils se déplaceront également en Jordanie et en Egypte afin de récolter des renseignements sur toutes les sociétés palestiniennes qui se seraient enrichies grâce à la colonisation des Territoires par Israël. «Pour nous, collaborer à la construction du mur ou à l'élargissement des implantations revient à la même chose: c'est une trahison», déclare Kereicheih.