Grèce

Ahmad, réfugié afghan: «Je suis redevenu un étudiant normal»

L’intégration scolaire des réfugiés préoccupe le gouvernement d’Athènes. Le ministère de l’Education a organisé une université d’été avec une vingtaine d’entre eux. Témoignages

Dans les locaux de l’Académie olympique internationale qui domine le site antique, à Olympie, 29 étudiants passent, chacun leur tour, devant Sia Anagnostopoulou, la Ministre de l’Enseignement supérieur. Elle les salue chaleureusement en leur remettant un diplôme. Pour bon nombre d’entre eux, il s’agit de leur premier diplôme européen, grec très exactement.

Ce document couronne en effet la participation de 22 jeunes réfugiés de Syrie, d’Afghanistan, du Mali, d’Iran… et de 7 jeunes Grecs à l’Université d’été mise en place, fin août, par le Ministère grec de l’Enseignement.

Lire aussi: «Nous devons intégrer les réfugiés»

«Je n’aurais jamais cru pouvoir suivre des cours en Grèce», explique Ahmad, ému. Dans son pays natal, cet Afghan de 21 ans était à l’Université de Kaboul. Lui et sa famille ont fui la guerre; le désœuvrement et l’angoisse ont pris la place des études et des révisions. «Nous voulons aller en Allemagne mais sommes bloqués en Grèce depuis mars», poursuit-il.

Du grec, des droits de l’Homme, et du sport

Ces dix jours, mêlant cours d’histoire, de grec, d’anglais, ateliers sur les droits de l’Homme ou le statut de réfugié (menés par le Conseil de l’Europe, partenaire de l’opération) mais aussi activités sportives, ont été «une bouffée d’air, un moment extraordinaire», confie le jeune homme.

A quelques pas, Moussa, un jeune Malien, précise «se sentir mieux: à Athènes, je ne fais que penser à mes problèmes. Ici, j’ai retrouvé le goût de la vie.» Mais une question le turlupine: «J’espère que je vais pouvoir continuer à la rentrée.»

«Comprendre leurs besoins, entendre leurs attentes»

En cette période de rentrée, la question de la scolarisation des réfugiés préoccupe le gouvernement grec. C’est aussi pour «comprendre leurs besoins, entendre leurs attentes et recueillir leurs avis que nous avons organisé ce projet pilote», explique au Temps Sia Anagnostopoulou. Premier casse-tête: l’apprentissage du grec. A Olympie, les cours étaient dispensés en anglais. Dans les Universités grecques, comme européennes, il faut obtenir un minimum de certificats dans la langue du pays pour valider son année.

Lire aussi: Le lucratif marché de l’aide aux réfugiés

«Nous allons ouvrir les cours de grec pour les étrangers aux réfugiés afin qu’ils puissent maîtriser la langue et poursuivre leurs études ici», ajoute la ministre. La semaine suivant l’université d’été, elle a fait passer une loi au Parlement comportant des articles sur l’enseignement pour les réfugiés. Seront ainsi créés des «espaces d’intégration dans lesquels les enfants et étudiants iront jusqu’à ce qu’ils puissent suivre le programme normal», explicite un haut fonctionnaire du ministère.

A la recherche d’équivalences

Autre source d’inquiétude pour les jeunes étudiants: la reconnaissance des diplômes obtenus et la validation de leurs années d’études déjà effectuées. Ahmad a dû «partir dans la précipitation». Il assure ne pas avoir pris avec lui ses résultats universitaires. Sur ce point aussi, les dix jours ont permis aux étudiants d’obtenir des précisions à leurs interrogations; la responsable de l’agence grecque en charge de la reconnaissance des diplômes et des recteurs d’université ont fait le déplacement pour expliquer les marches à suivre.

La ministre se veut positive. 54 000 réfugiés sont aujourd’hui bloqués en Grèce «Il faut les intégrer, leur offrir l’opportunité d’étudier pour qu’ils ne soient pas démunis et qu’ils ne perdent pas une année supplémentaire.» Ahmad, en montant dans le bus qui le ramène à Athènes, lance: «Je me suis senti de nouveau un étudiant normal.»

Publicité