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Iran

Ahmadinejad utilise Merz pour sa réélection

Dans un discours prononcé à la TV iranienne, Mahmoud Ahmadinejad attribue au président suisse des propos embarrassants sur les Etats-Unis

La rencontre entre le conseiller fédéral Hans-Rudolf Merz et le président iranien Mahmoud Ahmadinejad à l’hôtel Intercontinental de Genève en marge de la conférence de Durban II sur le racisme, le 19 avril dernier, avait déjà provoqué la polémique. Le discours qu’a tenu le chef d’Etat iranien le 22 avril sur la télévision iranienne IRINN et que Le Temps s’est procuré risque à son tour de créer de nouveaux remous.

«Washington nous intimide»

Dans ce discours, Mahmoud Ahmadinejad relate les réponses que lui aurait données à l’Intercontinental le président de la Confédération au sujet des Etats-Unis. Le président iranien lâche: «J’ai entendu qu’ils avaient aussi exercé des pressions sur vous.» Et Mahmoud Ahmadinejad de citer Hans-Rudolf Merz: «Oui, nous faisons face à des pressions. Ils nous intimident.» Le «ils» se réfère aux Etats-Unis qui ne sont pas explicitement mentionnés et dont la Suisse représente les intérêts en Iran. Le président iranien continue de raconter à une foule iranienne attentive la suite du dialogue entre les présidents suisse et iranien. Mahmoud Ahmadinejad demande à son homologue suisse où la crise économique a commencé. Hans-Rudolf Merz lui aurait répondu «l’Amérique». Il lui demande encore quel sera le plan (américain) pour compenser les pertes. Mahmoud Ahmadinejad attribue au président suisse la réponse suivante: «Ils veulent qu’on paie de notre poche les pertes qu’ils ont subies.» A une question d’Ahmadinejad selon laquelle les Etats-Unis feraient payer la facture au monde entier, Hans-Rudolf Merz aurait répondu: «Oui, c’est vrai. Quand ils font un profit, cela va directement dans leurs poches, mais quand ils essuient des pertes, ils les couvrent en puisant dans la poche des autres nations.»

Contacté par Le Temps, le Département fédéral des finances n’entend pas infirmer les propos de Hans-Rudolf Merz relatés par le président iranien: «Il n’appartient pas au Département des finances de commenter les propos du président iranien. Ce que nous avions à dire à ce sujet, nous l’avons exprimé dans notre communiqué du 19 avril.» Ledit communiqué relève que les deux présidents ont échangé des vues et des informations dans le contexte des relations bilatérales, notamment dans le domaine énergétique et économique. Il précise aussi que la Suisse a aussi abordé des questions découlant de son mandat de représentation des intérêts américains. Mais aussi dénoncé les violations des droits de l’homme en Iran.

Politique d’apaisement

Instrumentalisation des propos du président suisse pour s’en prendre aux Etats-Unis ou révélation de déclarations déplacées faites en secret à Genève? Le président iranien avait déjà déclaré à une agence de presse iranienne à son retour de Durban II qu’il avait parlé à «son ami» Merz. La dure tonalité de son discours du 22 avril prononcé sur la chaîne IRINN, mais repris par le très pro-israélien Institut de recherche des médias du Moyen-Orient (Memri) contraste avec les apparentes inflexions de ses diatribes contre Israël et l’Occident. Il y a quelques jours, Mahmoud Ahmadinejad avouait à la télévision américaine ABC qu’il n’avait rien contre une solution à deux Etats au conflit israélo-palestinien. A Durban II à Genève, il avait traité le gouvernement israélien de raciste, mais certains commentateurs avaient perçu dans son invective une reconnaissance implicite de l’Holocauste. La dureté du discours du 22 avril semble répondre à une logique interne. Les factions réformistes et conservatrices se disputent l’espace dans l’optique de l’élection présidentielle du 12 juin. Au sujet des Etats européens qui, à Genève, ont quitté la salle quand il a tenu des propos critiques à l’égard d’Israël, le président iranien n’y va pas de main morte: «Les trois-quatre gouvernements européens égoïstes, qui soutiennent le régime sioniste, sont les gouvernements les plus haïs et isolés du monde.»

L’utilisation par le président iranien des propos de Hans-Rudolf Merz ne surprend qu’à moitié. Certes, il paraissait justifier d’accueillir Mahmoud Ahmadinejad dans le cadre du mandat de représentation des intérêts américains en Iran et de la politique étrangère suisse fondée sur le dialogue. Mais Hans-Rudolf Merz est le seul chef d’Etat européen à avoir accueilli son homologue iranien. A Rome, en juin 2008, lors du Sommet de la FAO, les politiciens italiens ainsi que le pape avaient évité une telle rencontre. C’est ce qui a fait dire, par un raccourci pour le moins saisissant à l’ambassadeur d’Israël dans la NZZ am Sonntag qu’en rencontrant Ahmadinejad, le président de la Confédération a mené une politique qui ressemble à la politique d’apaisement des Européens face à Hitler en 1938.

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