Terrorisme

Ahmed Tchataïev, commanditaire présumé des attaques d’Istanbul

Le Tchètchène est considéré par les autorités turques comme le principal instigateur des attentats d’Istanbul. Il est aussi une vieille connaissance de la justice de plusieurs pays européens, dont la Bulgarie où il avait été arrêté en 2011

Comme beaucoup de combattants tchétchènes, Ahmed Tchataïev avait un nom de guerre, «Odnoroukyï» (le «Manchot»). Un alias acquis après avoir perdu son bras droit en manipulant des explosifs selon Moscou, dans les geôles russes où il aurait été sauvagement torturé suivant les ONG qui ont pris sa défense. En 2012, l’homme perdra aussi l’usage d’une jambe, après avoir été blessé par balle en Géorgie.

C’est pourtant lui qu’Ankara tient aujourd’hui pour responsable des attentats d’Istanbul qui ont fait plus de 40 victimes il y a quelques jours à l’aéroport Atatürk, une opération qu’il aurait coordonnée depuis la Syrie. Mais qui est ce personnage considéré par Moscou comme le principal recruteur de candidats au djihad issus de l’ex-URSS?

«Intelligent, polyglotte, très croyant, l’homme avait une certaine aura», se souvient Vesselin Gueorguiev, l’avocat bulgare qui avait défendu Ahmed Tchataïev en 2011 après son interception à la frontière turque. «Sa seule condition était que je ne sois pas d’origine russe.»

Le Tchétchène est une vieille connaissance de la justice de plusieurs pays européens. Né en 1980, dans la petite bourgade de Vedeno, il voyage beaucoup. En 2003 il obtient l’asile en Autriche, qu’il a gagné depuis Bakou après avoir échappé aux forces russes. S’il reste un «terroriste» pour Moscou, son statut de réfugié lui servira de bouclier dans les différentes pérégrinations qu’il réalisera à travers l’Europe. En 2008, Ahmed Tchataïev est arrêté près de Trelleborg, en Suède, dans une voiture transportant des armes et des explosifs. Il affirme qu’on lui a tendu un piège mais passera près d’un an en prison.

En 2010, on retrouve l’homme en Ukraine, où les autorités le suspectent de recueillir des fonds pour des organisations terroristes. Le ministre de l’Intérieur de l’époque, Iouri Loutsenko va jusqu’à exhiber son téléphone portable dans lequel figureraient des photos de victimes d’attentats. Défendu par Amnesty International, Ahmed Tchataïev ne sera pas extradé vers la Russie où il risque d’être de nouveau torturé. Le 19 mai de l’année suivante, il est arrêté par les Bulgares qui l’arrêtent au poste de frontière de Kapitan Andréevo, à deux pas de la Turquie.

Les magistrats se souviennent encore de ce petit homme au visage poupin piqué par une barbe, invariablement habillé d’un survêtement Adidas, mais aussi de la forte mobilisation que son cas a suscitée. Car cette fois-ci, l’homme a bien failli être remis à Moscou, des agents du FSB, les services de sécurité russes, ayant même fait le déplacement pour le «cueillir».

Mais, fin juillet 2011, une cour d’appel a cassé le jugement qui allait dans ce sens. Beaucoup y ont vu un résultat des «pressions» extérieures – celles des ONG qui ont réclamé sa libération mais aussi des autorités de Vienne qui ont rappelé à trois reprises à Sofia son statut de réfugié.

Le dernier épisode de la saga judiciaire d’Ahmed Tchataïev se joue plus à l’est, en Géorgie, à l’été 2012. Le Tchétchène apparaît en marge d’une mystérieuse opération des forces spéciales géorgiennes lancée dans les gorges du Pankissi contre des insurgés islamistes venant du Caucase russe. L’intéressé affirme avoir été mandaté par la police d’établir le contact avec ces «boïeviki» qui avaient pris des otages au sein de la population locale.

Mais les autorités réfutent cette version. Blessé par balle, puis amputé d’une partie de sa jambe, le djihadiste est jugé pour possession illégale d’explosifs. Or, là aussi, il finira par être acquitté. Depuis Odessa, où il officie comme gouverneur, l’ancien président géorgien Mikhaeil Saakachvili a rappelé qu’il s’était vivement opposé à sa libération, qu’il impute au gouvernement du premier ministre Bidzina Ivanichvili.

Toujours est-il que, une fois de plus, Ahmed Tchataïev a réussi à passer à travers les mailles du filet. A partir de l’hiver 2013, ses traces se perdent entre la Syrie et la Turquie. Pour Moscou, qui n’a cessé de réclamer son extradition, l’occasion est bonne pour enfoncer le clou.

«Pendant plus de treize ans, Tchataïev s’est tranquillement baladé à travers l’Europe, parfois les armes à la main», a déclaré un haut responsable des services de sécurité russes à l’agence Ria Novosti. «Mais aujourd’hui les attentats d’Istanbul sont la preuve qui manquait à tous ceux qui ont fermé les yeux sur ses actes. Ces droit-de-l’hommistes, qui se sont battus pour sa libération, sont les complices des terroristes et portent la responsabilité des nombreux morts à l’aéroport d’Atatürk.»

Publicité