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Ai Weiwei se moque des voyeurs de Pékin

L’artiste en permanence surveillé par le régime a installé lui-même plusieurs webcams qui diffusaient en permanence ce qui se passait chez lui. Les autorités lui ont finalement intimé de les retirer

Le monde aura pu observer Ai Weiwei pendant deux jours et deux nuits, dans son sommeil, ou devant son écran d’ordinateur, rivé à Twitter, son gros chat endormi à côté de lui. Le dernier coup de l’artiste chinois rebelle a pris fin prématurément, quand la police l’a sommé de débrancher les quatre caméras qu’il avait installées dans son appartement de Pékin pour marquer le premier anniversaire de sa détention.

Emmené par la police le 3 avril 2011, Ai Weiwei, infatigable critique du pouvoir chinois, avait disparu pendant 81 jours. Personne, pas même sa femme, ne savait où il était détenu. En novembre dernier, il annoncait que le fisc exigeait de lui 15 millions de yuans (plus de deux millions de francs suisses), le prix de sa liberté d’expression. La mobilisation de 30 000 Chinois - certains sont venus jeter des billets de banque dans son jardin - lui a permis de verser la caution de 8,45 millions de yuan nécessaire pour demander la révision des accusations d’évasion fiscale. La semaine dernière, Pékin a rejeté l’appel d’Ai Wei Wei.

L’artiste fait l’objet d’une étroite surveillance et n’a pas le droit de quitter Pékin. Il explique qu’il a décidé de se placer lui-même sous l’oeil des caméras pour que ses proches n’aient plus à se faire du souci pour lui, mais aussi pour faciliter la tâche des autorités.

«J’ai l’habitude», explique Ai Wei Wei dans un entretien à la BBC. Lorsqu’il était en détention, deux soldats se tenaient constamment à ses côtés, sous la douche, aux toilettes ou quand il dormait. «Au début c’est très frustrant. Mais après j’ai réalisé que je n’ai rien à cacher». L’artiste a compté quinze caméras de vidéosurveillance dans un rayon de cent mètres, en face de son atelier. Elles sont là, dit-il, pour observer ses allées et venues et celles de ses visiteurs. Ai Wei Wei affirme d’un ton candide qu’il souhaite faire preuve de transparence et inciter ainsi les autorités à l’imiter en lui expliquant pourquoi elles l’ont détenu.

Il dit faire régulièrement l’objet d’écoutes et de filatures. L’année dernière, après son arrestation, son domicile a été perquisitionné, son ordinateur fouillé. Il ne manquait plus que l’oeil du Parti communiste perce l’intimité de son appartement. La plaisanterie n’a pas été du goût du pouvoir chinois, qui l’a appelé jeudi pour lui donner l’ordre de mettre fin au spectacle. Sans motif. «Ils ne donnent jamais de raison, je n’ai jamais su le motif de mes quatre-vingt-un jours de détention». Mais la performance de l’artiste chinois à la renommée mondiale avait déjà fait un buzz sur la toile, offrant à sa nouvelle prococation une caisse de résonance internationale. «Au revoir à tous les voyeurs», a écrit Ai Wei Wei sur Twitter après avoir éteint se caméras. Le site affiche à présent une page blanche.

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