Aide à la Grèce: grogne de la CDU

Allemagne Le Bundestag vote ce mercredi. Test pour Angela Merkel

L’issue du vote de ce mercredi au Bundestag fait peu de doutes. Les députés allemands devraient approuver le troisième plan d’aide à la Grèce qui prévoit le versement de 86 milliards d’euros à Athènes, dont 23 versés par Berlin, sur trois ans. Ce vote positif devrait être assuré grâce aux sociaux-démocrates, membres de la coalition gouvernementale, et à une majorité des élus de l’Union chrétienne-démocrate (CDU/CSU) d’Angela Merkel. Le scepticisme n’a toutefois jamais été aussi grand au sein de la formation de la chancelière.

«Je crains que l’on n’achète avec beaucoup, beaucoup d’argent, un peu de temps supplémentaire», résume le député Wolfgang Bosbach, qui votera non. Déjà en juillet, 60 députés de la CDU/CSU avaient voté contre le projet de négociation d’un troisième plan d’aide à la Grèce. Leur nombre pourrait encore augmenter aujourd’hui, avec des conséquences politiques pour la chancelière. Il y a dix jours, son bras droit, le chef du groupe de la CDU/CSU au parlement, Volker Kauder, avait menacé d’exclure les opposants de certaines commissions parlementaires. Si leur nombre dépasse les 60 aujourd’hui, son autorité et, indirectement, celle de la chancelière en pâtiront.

Angela Merkel, au sommet de sa popularité auprès des Allemands, avance sur des œufs vis-à-vis de son parti. Durant des mois, la question d’un troisième plan d’aide à la Grèce a été taboue au sein de sa formation. Or elle demande à ses députés «d’approuver l’inévitable, en se cachant les yeux», comme le résume le quotidien Die Welt. Dimanche, elle a défendu l’accord trouvé entre Athènes et ses créanciers et loué le gouvernement d’Alexis Tsipras qui, selon elle, «a travaillé complètement différemment» ces dernières semaines. Confiante, elle évoque même avoir un «certain espoir» que les réformes envisagées permettent à la Grèce de «voir la lumière au bout du tunnel». Son ministre des Finances, le très sévère Wolfgang Schäuble, rappelle que les réformes envisagées seront «contrôlées étape par étape».

«Marge de manœuvre»

Angela Merkel ressort toutefois affaiblie par l’absence du Fonds monétaire international. Depuis le début de la crise grecque, c’est elle qui milite pour une participation de l’organisme. Or cette fois, le FMI doute de la validité du troisième plan d’aide. Sa directrice, Christine Lagarde, a posé une condition à sa participation: un allégement de la dette grecque dont Berlin a longtemps refusé de parler. La chancelière a donc mis de l’eau dans son vin, au grand dam des plus sceptiques de son parti. Elle évoque une «marge de manœuvre» basée sur une baisse des taux d’intérêt et un allongement des périodes de remboursements. «Du point de vue allemand, il est réjouissant que l’on ne parle plus maintenant d’un effacement nominal de la dette», se félicitait lundi le porte-parole de la chancelière, Steffen Seibert.

Alors qu’Angela Merkel tente de convaincre de la crédibilité du troisième plan d’aide, une étude de l’Institut Leibnitz a récemment confirmé les bénéfices de la crise grecque pour l’Allemagne. Berlin aurait économisé plus de 100 milliards d’euros depuis 2010 grâce aux faibles taux d’intérêt. Le pays a aussi profité des privatisations menées depuis 2011.

U Le parlement espagnol a approuvé mardi à une large majorité le troisième plan d’aide international à la Grèce. (AFP)