Humanitaire

Aider la population afghane au péril de sa vie

L’ONG britannique Save the Children a suspendu ses activités en Afghanistan, après l’attaque mercredi contre son bureau de Jalalabad

Il ne fait pas bon être un étranger en Afghanistan. C’est le message qu’ont voulu faire passer les auteurs de l’attaque mercredi contre l’ONG britannique Save the Children, à Jalalabad, dans l’est du pays. Au moins trois personnes ont été tuées, lorsque plusieurs assaillants sont entrés dans les bureaux à la faveur de l’explosion d’une voiture piégée. La majeure partie du personnel a cependant réussi à se réfugier au sous-sol.

Deux gardes de l’ONG et un civil ont perdu la vie. A priori, aucun international ne figure parmi les victimes. Mais le message est clair: la communauté internationale, qui soutient à bout de bras le président Ashraf Ghani face aux insurgés talibans chassés du pouvoir en 2001, est une cible.

Revendication de l’Etat islamique

L’attentat de Jalalabad a été revendiqué par l’Etat islamique. En déroute en Syrie et en Irak, l’organisation djihadiste dispose d’importants sanctuaires en Afghanistan, à l’instar d’Oussama ben Laden qui y avait inspiré les attentats du 11 septembre 2001 avant de précipiter la chute de ses protecteurs talibans après l’intervention américaine.

Cette attaque intervient quatre jours après un raid taliban contre un grand hôtel de la capitale Kaboul, qui a fait une vingtaine de morts, en majorité étrangers. Les internationaux étaient spécifiquement visés par le commando, selon les rescapés. «En ciblant les étrangers, les assaillants visent un retentissement maximal», analyse Olivier Guillard, de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) à Paris.

Le chercheur reste suspicieux sur la revendication de l’Etat islamique, car l’attaque pourrait avoir été commise par l’une des nombreuses factions des talibans: «Ce n’est pas un hasard si les attaques de Kaboul et Jalalabad ont eu lieu quelques jours après une rencontre informelle entre des émissaires du gouvernement afghan et des talibans.» Un porte-parole du mouvement s’est ensuite distancié de cette rencontre, qui a eu lieu en Turquie.

Pays meurtrier pour les humanitaires

Les organisations humanitaires sont régulièrement visées en Afghanistan. En 2016, le pays était le second théâtre d’opération le plus dangereux pour les humanitaires, après le Soudan du Sud, selon les dernières statistiques compilées par le site Humanitarian Outcomes. Dans les pays exposés, les organisations comptent de plus en plus sur des travailleurs locaux.

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), qui a perdu sept collaborateurs en Afghanistan rien que l’an dernier (six Afghans et une Espagnole), a condamné l’attaque contre Save the Children. «L’augmentation de la violence rend le travail de nombreuses organisations de plus en plus difficile», a déclaré Monica Zanarelli, la cheffe de mission du CICR en Afghanistan, dans un communiqué. En octobre dernier, le CICR avait réduit ses activités, sans pour autant se retirer du pays. Save the Children a, pour sa part, annoncé la suspension de ses opérations.

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