«Voilà huit mois que le gouvernement refuse d’entendre le peuple. Le moment est venu pour qu’il l’écoute. Demain, il sera trop tard et nous connaîtrons alors une tragédie terrible. Aidez-nous à éteindre cet incendie dans notre foyer!» Devant un parterre de journalistes internationaux, entourée d’une armada de gardes du corps, l’avocate iranienne Shirin Ebadi lançait vendredi au Palais des Nations à Genève un cri d’alarme à la communauté internationale.

«Jeudi, à l’occasion des célébrations de la révolution islamique [ndrl: le 31e anniversaire], la police a continué sa répression contre les manifestations pacifiques, même sous l’œil des journalistes, a rappelé la Prix Nobel de la paix en 2003. Jusque-là, le peuple iranien a renoncé à la violence. Mais si cette situation persiste, je vous avertis: le jour viendra où les jeunes Iraniens ne pourront plus supporter ces violences de leur gouvernement et alors il y aura un bain de sang! J’ai prévenu la haut-commissaire [pour les droits de l’homme] Navi Pillay et le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon. Il ne faut pas que l’Iran devienne un nouveau Zimbabwe!»

Dans une lettre ouverte adressée au Conseil des droits de l’homme, Shirin Ebadi demande qu’un rapporteur spécial soit désigné pour l’Iran «afin qu’il puisse surveiller en permanence ce qui se passe sur place». Téhéran a demandé de faire partie cette année du Conseil des droits de l’homme. «A vous de voir si mon pays est habilité à s’occuper de la situation des libertés dans d’autres pays alors qu’il ne respecte même pas son droit interne. Depuis deux semaines, les gens sont arrêtés aux aurores à leur domicile. On emprisonne les proches de certains militants pour faire pression. En dix heures, je n’aurais pas terminé de vous citer tous les cas de violations», a martelé l’avocate qui se dit toutefois opposée aux sanctions économiques ou militaires «qui font souffrir le peuple uniquement». Mais elle est favorable aux pressions politiques.

Régime divisé

Le magistrat français Louis Joinet, ancien rapporteur spécial et référence en matière des droits humains, était aussi présent hier à Genève. Pour lui, un œil de l’ONU sur le terrain permettrait non seulement de révéler les violations, mais aurait aussi une fonction de soutien. Louis Joinet a présidé en 2003 le groupe de travail sur la détention arbitraire. Sa délégation a été la seule de l’ONU à pouvoir visiter les geôles iraniennes. «Nous avions découvert avec surprise que le gouvernement n’était pas si monolithique qu’il apparaissait vu de l’extérieur, a-t-il raconté. Il y avait des contradictions au sein de l’appareil d’Etat. C’est d’ailleurs ce qui nous a permis de découvrir des prisons secrètes au cours de la visite. Aujourd’hui, le courage de la population est en train de révéler de plus en plus de contradictions au sein de l’Etat.»