L’essentiel

Le Conseil fédéral étend les mesures d'exception, le semi-confinement, au 26 avril. Il présentera un plan de sortie de crise la semaine prochaine.

Les calculs des instituts montrent que l’Allemagne et la France sont entrées en récession dès le mois de mars.

Avec 10 000 victimes, la France est devenue le quatrième pays atteint par l’épidémie.

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■ «Surtout ne venez pas chez nous»

Il y a quelques jours, un élu tessinois lançait au reste de la Suisse et du monde que «vous trouvez notre salami dans votre supermarché». Manière de dire: pas besoin de venir l’acheter sur place.

Ce mercredi, c’est l’organisme de promotion du Valais qui lance des vidéos… de dissuasion. Eddy Baillifard, le roi de la raclette, et la vigneronne Sarah Besse se fendent de messages pour appeler les Suisses à ne pas faire de migration pascale.

C’est la grande hantise des autorités en vue de ce long week-end à la météo peut-être clémente. Des responsables de l’Office fédéral de la santé publique jusqu’à leur ministre de tutelle Alain Berset, l’appel est répété: ne pas se disperser dans le pays ces prochains jours.

Dans certains cantons, les mesures sont strictes.

Ce mercredi, la police valaisanne a bouclé la place de parc du Super St-Bernard.

A Neuchâtel, le Conseil d’État a proclamé la fermeture des voies d’accès aux sites touristiques du Creux-du-Van et des Gorges de l’Areuse, du 10 au 19 avril. Le gouvernement écrit que «ces sites touristiques pourraient représenter des foyers importants de diffusion du Covid-19 au sein de la population».


■ Un instantané: dans le Sud-Est de l'Inde

Dispersion de désinfectant sur un tigre du jardin zoologique de Alipore, à Calcutta, en Inde, ce 8 avril 2020.

A ce propos:Les félins sont plus sensibles au coronavirus 


■ Les restrictions helvétiques étendues au 26 avril

Les mesures de lutte contre l'épidémie de coronavirus sont prolongées d'une semaine, jusqu'au 26 avril. Elles seront progressivement assouplies avant la fin du mois d'avril. Le Conseil fédéral fixera le scénario de sortie de crise la semaine prochaine, résume l'ATS.

Les critères pour un assouplissement dépendront du nombre des nouvelles infections, des hospitalisations et des décès. La façon dont les mesures d’éloignement social et d’hygiène sont respectées et dont les rassemblements de personnes sont évités sera aussi déterminante. La stratégie de la Suisse devra être coordonnée avec celle de l’étranger.

A propos d'un retour à la (à peu près) normale, Alain Berset précise qu'il faudra garder longtemps les réflexes de distanciation et d'hygiène. En outre, le Conseil fédéral s'associe aux démarches de création d'une app de repérage des gens atteints, «selon les critères éthiques».

Pour revoir la conférence de presse:

Quelques annonces:

Travailleurs sur appel inclus. Les travailleurs sur appel pourront aussi bénéficier d'indemnités en cas de réduction de l'horaire de travail. Ces derniers n’avaient pas droit à l'indemnité si leur taux d’occupation fluctuait de plus de 20%. Ils pourront dorénavant également être pris en considération dans les demandes de réduction de l'horaire de travail pour autant qu’ils aient travaillé au moins six mois dans la même entreprise. Cette mesure vise à éviter que les quelque 200 000 travailleurs sur appel que compte la Suisse ne soient licenciés.

Blocage complet sur les loyers commerciaux. Il faudra trouver «des solutions constructives et pragmatiques», lance le gouvernement, qui se sort du débat sur les baux commerciaux – en substance, c'est du droit privé.

A cause des mesures liées à la crise du coronavirus, de nombreux magasins sont fermés et leurs locataires, faute de revenus, craignent pour le paiement de leurs loyers. Bailleurs et locataires devront régler le problème. En conférence de presse, Guy Parmelin a tout de même un peu tancé  les bailleurs, lançant qu'ils «devront trouver des successeurs s'ils ont perdu leurs locataires».

L'association suisse des locataires a immédiatement fustigé cette «inaction» du gouvernement, arguant que «l’écrasante majorité des locataires est en position de faiblesse face aux propriétaires et pourrait perdre ses droits en acceptant des accords désavantageux avec le propriétaire».

Aviation: une aide et un message à Lufthansa. Etant donnée l'importance des liaisons aériennes, le Conseil fédéral accordera des liquidités aux compagnies. L’aide est prévue principalement sous la forme de garanties de la Confédération. Celles-ci seront soumises à des conditions strictes, pour limiter les risques supportés par la Confédération. Les entreprises devront notamment prouver que toutes les possibilités de financement sont épuisées.

En outre – et cette partie semble viser Lufthansa, propriétaire de Swiss –, les fonds générés devront être utilisés en priorité pour rembourser les aides. Aucune distribution de dividendes, restitution ou transfert au sein d’un groupe ne seront possibles avant le remboursement intégral des prêts garantis. La Confédération devra pouvoir percevoir des intérêts à des taux conformes au marché pour le risque qu’elle supportera ou bénéficier d’autres rémunérations. Les fonds garantis par la Confédération devront être proportionnels à l’engagement des sociétés mères et utilisés exclusivement pour garantir le bon fonctionnement des infrastructures suisses.

Mardi soir, Lufthansa a annoncé qu'elle renonce à 40 appareils et prendra diverses mesures d'économies. Brussels Airlines – autre filiale – devra accélérer une restructuration entamée à l'automne passé.


■ Les villes romandes veulent retrouver leurs marchés

Willy Cretegny, le président de l’association des marchés de Genève, annonce ce mercredi la réouverture des marchés pour le 14 avril. Du marché plutôt, puisque seul Plainpalais fonctionnera, Rive ne sera pas restauré tout de suite.

Plainpalais sera ouvert de 8h à 19h du lundi au vendredi et de 8h à 18h les samedis. Des règles assez précises sont instaurées, pas moins de 6 mètres entre les stands, des barrières canalisant les clients…

En Suisse romande, La Chaux-de-Fonds a donné le mouvement samedi dernier en se risquant à ouvrir à nouveau un marché, avec des distances de rigueur entre les étals.

Hier, la Ville de Lausanne annonçait une réouverture pour le 15 avril, à la fois pour la Riponne, Grancy et la Sallaz. Les clients devront se tenir à deux mètres d'écart et ne pas toucher les fruits et légumes.


■ En images: Wuhan «libérée»

Les restrictions de voyage ont été levées, sous conditions, ce mercredi dans la ville désignée comme le berceau du virus. Quelques instantanés du jour.


■ Les grandes dates de ces trois mois

Cela fait donc trois mois que le monde a découvert le terme de «nouveau coronavirus» (lire ci-dessous, en début de journée). Découvrez une chronologie complète de ces semaines si particulières.


■ Une pénurie annoncée de préservatifs

Une pénurie mondiale de préservatifs se profile à cause des nombreuses usines et circuits de distribution paralysés, avertit le principal fabricant du secteur, le malaisien Karex. La situation pourrait se révéler «désastreuse» selon l'ONU.

En Malaisie, l'un des premiers pays producteurs de préservatifs et de caoutchouc, leur matière première, un confinement strict est en vigueur depuis le 18 mars. Le géant Karex, qui fabrique un préservatif sur cinq dans le monde, a été durement touché par les restrictions, et il s'attend à une baisse de production de 200 millions de préservatifs par rapport à la normale de mi-mars à mi-avril.

Comme les autres fabricants dans le monde sont confrontés à des difficultés similaires pour fabriquer et livrer les préservatifs, l'offre mondiale chute, a prévenu le directeur exécutif de Karex Goh Miah Kiat. «C'est une inquiétude majeure, puisque les préservatifs sont un article sanitaire de première nécessité», estime-t-il.

Karex, qui fournit des contraceptifs à de nombreuses compagnies et gouvernements ainsi qu'à des programmes humanitaires, a dû fermer temporairement ses trois usines malaisiennes au début du strict confinement imposé dans le pays. Le groupe a depuis été autorisé à reprendre la production, mais avec 50% de sa main d’œuvre habituelle pour l'instant.

Le Fonds des Nations Unies pour la population, l'agence qui collabore avec les programmes de planning familial, souligne que le principal problème est de pouvoir livrer les préservatifs aux communautés les plus pauvres et les plus vulnérables «Une pénurie de préservatifs, ou de n'importe quel contraceptif, pourrait déboucher sur une hausse des grossesses non désirées, avec des conséquences désastreuses pour la santé et le bien être d'adolescentes, de femmes et de leurs partenaires et familles», a lancé ce mercredi un porte-parole du fonds.


■ 22 789 cas en Suisse

L'Office fédéral de la santé publique la Suisse indique que dans son décompte arrêté à 8h, la Suisse comptait 22 789 cas testés positifs au coronavirus, soit 547 de plus que la veille. A l'heure actuelle, 705 personnes sont décédées des suites du Covid-19.


■ Les projets des écoles polytechniques fédérales

A Lausanne. L’EPFL a indiqué hier la liste des 12 projets spéciaux qu’elle a lancés. Certains se greffent sur des démarches existantes, d’autres sont inédits. La palette va des recherches sur le vaccin à l’étude de l’impact économique de la pandémie en passant par l’analyse des eaux usées, l’examen des facteurs génétiques et même un jeu mettant en scène la distanciation sociale.

Sur un plan pratique, l’Ecole relève que «des chercheurs sélectionnés vont bénéficier d’une autorisation spéciale pour pouvoir travailler dans leur laboratoire sur le campus actuellement fermé».

L’EPFL participe en outre à un projet européen de développement d’une app signalant que l’on a été en contact avec un porteur du virus, «installée de manière volontaire et dont les données sont anonymisées», est-il précisé (on peut voir la déclaration programmatique du projet en anglais ici).

A Zurich. L’EPFZ a indiqué plusieurs projets au fil des jours. L’un des plus originaux peut-être est une recherche sur les textiles, afin de faire en sorte qu’ils conservent moins de trace des virus. Une promesse intéressante pour les masques, notamment.

Une start-up de l’EPFZ travaille pour sa part sur la mise au point de pièces de masques respiratoires avec des imprimantes 3D.

Ensemble. Les deux écoles ont en outre lancé un projet commun en matière d’ingénierie, helpfulETH, qui doit rassembler des recherches au profit d’organisations de santé, entre autres. Ses responsables ambitionnent de «fournir des solutions à très court terme» aux institutions.


■ Au Japon, un plan de 963 milliards de francs

Le gouvernement japonais a présenté un plan d’aide d’un montant record de 108 000 milliards de yens (963 milliards de francs) pour amortir le choc de la pandémie. Le montant correspond à 20% du PIB annuel du pays.

Le plan prévoit:

  • Soutien aux emplois et mesures pour éviter la faillite à des petites et moyennes entreprises (PME).
  • Hausse des subventions publiques pour aider les entreprises à payer les salaires, les intérêts sur leurs emprunts et à éviter de licencier leurs effectifs.
  • Prêts à taux zéro proposé par des institutions financières soutenues par l’Etat.
  • Primes allant jusqu’à 2 millions de yens (un peu plus de 17 800 CHF) pour les PME dont les ventes ont plongé d’au moins 50%.
  • Baisses d’impôt et autres compensations seront également disponibles pour les organisateurs d’événements dont les autorités ont demandé le report ou l’annulation.
  • Moyens importants pour aider les établissements de santé à gérer la hausse des cas de Covid-19, et pour financer le développement de médicaments contre le coronavirus.

■ La Chine va accélérer ses acheminements vers la Suisse

Mardi soir, le conseiller fédéral aux Affaires étrangères Ignazio Cassis et son homologue chinois Wang Yi ont discuté 50 minutes au téléphone. Le Département, qui communique à ce sujet, indique que la Suisse recevra dès à présent «plus rapidement et de manière plus fiable du matériel» de Chine.

Le ministre chinois a déclaré que des solutions pragmatiques seraient cherchées pour les vols de fret et que cela faciliterait l’exécution des vols


■ La récession est confirmée en Allemagne et en France

Allemagne: près de -10%. L'économie allemande devrait se contracter de 9,8% au deuxième trimestre de cette année en raison de la pandémie, du jamais vu dans l’histoire récente, selon les projections communes des principaux instituts économiques.

Sur l’ensemble de l’année, les instituts (DIW, IfO, IfW, IWH et RWI) s’attendent à une récession de 4,2%, soit un peu moins que ce qu’anticipe le gouvernement, avant un net rebond en 2021, avec une croissance du produit intérieur brut projetée de 5,8%.

France: -6%. Pour décrire la situation française, l’AFP parle de «pire performance trimestrielle de l’économie depuis 1945». Le pays est entré en récession avec une chute historique de 6% du PIB de janvier à mars 2020.

Suisse: -1,5%. Pour la Suisse, le 30 mars, l’institut d’analyse économique de l’EPFZ, le KOF, formulait l’hypothèse d’un recul du PIB de l’ordre de 1,5% cette année, alors qu’il tablait auparavant sur une croissance de 1,3%.


■ Démission amère du président du Conseil européen de la recherche

Il n’était en poste que depuis le 1er janvier. Le Financial Times, rapporte Le Monde, révèle que le président du Conseil européen de la recherche, Mauro Ferrari, jette l’éponge. Il se dit «extrêmement déçu par la réponse européenne» à la pandémie liée au coronavirus.

Le chercheur voulait mettre rapidement sur pied un programme scientifique pour combattre le virus. «J’en ai vu assez […], j’ai perdu foi dans le système lui-même», a-t-il écrit.

Le Conseil européen de la recherche est une instance importante dans le paysage européen de la science. Il sert de collège d’experts à la Commission et surtout, fort bien doté, il accorde des subsides devenus incontournables pour les centres de recherche, dont les universités suisses.


■ Un instantané: à La Mecque

Espace presque vide vers la Kaaba, à La Mecque: seuls quelques ouvriers s’affairent autour du monument sacré. L’enceinte du Masjid al-Haram est fermée depuis le 20 mars.


■ Transports: 100 millions de dédommagement

Les titulaires d’un abonnement annuel général, communautaire, de parcours ou modulable, vont recevoir 15 jours gratis, indique l’Alliance SwissPass.

L’équivalent, en francs, de ces 15 jours sera soustrait de la facture de l’AG en cas de renouvellement de l’abonnement, tandis que la durée de validité des abonnements communautaires, de parcours et modulables sera prolongée de deux semaines.

L’Alliance estime le coût du geste à 100 millions de francs.

Voir le détail des offres de compensation.


■ Eurogroupe: une nuit entière de négociations, sans issue pour l’instant

Les ministres européens des Finances ne sont pas parvenus à s’entendre après une nuit entière de discussions, sur une réponse économique commune face au coronavirus, les pays du Nord restant opposés à ceux du Sud, qui réclament un effort financier sans précédent.

«Après 16h de discussions, nous nous sommes rapprochés d’un accord, mais nous n’y sommes pas encore. J’ai suspendu l’Eurogroupe», qui continuera «demain, jeudi», a annoncé Mario Centeno, le président de l’Eurogroupe.


■ La charge de Donald Trump contre l’OMS

«Nous allons suspendre (le versement) des sommes destinées à l’OMS», a lancé hier soir le président des Etats-Unis lors de son point de presse quotidien depuis la Maison-Blanche.

Puis: «Je ne dis que pas que je vais le faire mais nous allons examiner cette possibilité.»

Un peu plus tard: «Tout semble très favorable à la Chine, ce n’est pas acceptable. Ils reçoivent des sommes énormes de la part des Etats-Unis». Ensuite: «Ils ont critiqué la fermeture des frontières (aux personnes venues de Chine) quand je l’ai annoncée, et ils ont eu tort. Ils ont eu tort sur beaucoup de choses.»

Lire aussi: Le docteur Tedros, capitaine d’un vaisseau fragile en pleine tempête: l’OMS


■ 8 janvier 2020: «Un nouveau virus»…

C’était il y a trois mois, cela paraît remonter à des années… Le 8 janvier, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) indique qu’un nouveau coronavirus peut être à l’origine d’une épidémie de pneumonie d’origine inconnue apparue en décembre dans la ville chinoise de Wuhan.

Voici l’aspect de la dépêche que nous avons mise en ligne tôt le matin du 9 janvier.

Le 11, les autorités chinoises déclarent un premier mort. De premières contaminations hors de ce pays sont annoncées courant janvier.

Le 24 janvier, les premiers cas européens sont signalés, à commencer par la France.

A ce sujet: Comment la Chine a laissé échapper le coronavirus


■ Le bilan du début de matinée

Mardi soir, la France a été le quatrième pays à franchir la barre des 10 000 morts, après l’Italie, l’Espagne et les Etats-Unis.

Les Etats-Unis ont enregistré près de 2000 morts supplémentaires lors des dernières 24 heures. C’est le pire bilan journalier dans le monde depuis le début de l’épidémie.

Au total, l’épidémie a fait plus de 75 000 morts dans le monde.