France

«Air Cocaïne»: la République dominicaine lance un mandat d'arrêt international contre les deux pilotes

Pascal Fauret et Bruno Odos ont été condamnés le 14 août à vingt ans de prison pour trafic de drogue à Saint-Domingue. Ils se sont enfuis de l’île le week-end dernier

Côté pile, le récit de la rocambolesque évasion, ce week-end, de deux pilotes français poursuivis par la justice de Saint-Domingue, orchestrée avec l’aide de quelques «amis» des services secrets. Côté face, une non moins rocambolesque affaire de trafic de drogue à grande échelle entre l’Amérique Latine, les Caraïbes, Ibiza et la France, devenue une légende médiatique après leur interpellation en mars 2013, sur le tarmac de l’aéroport de Punta Cana, en République dominicaine, aux commandes d’un jet transportant 700 kilos de cocaïne dans vingt-six valises, pour une valeur d’environ vingt millions de dollars. Bienvenue dans les méandres de l’affaire «Air Cocaïne», dont les autorités françaises ont tenu mardi à se distancer après les révélations du «Figaro» sur la cavale, niant toute implication dans le retour des pilotes Pascal Fauret et Bruno Odos, condamnés en août 2015 à vingt ans de prison puis restés en liberté après avoir fait appel.

Sorti ces jours-ci, un livre détaille cette histoire de trafic que leurs avocats et ceux des deux autres prévenus restés sur place à Saint-Domingue s’évertuent à présenter comme la conséquence d’une série de négligences habituelles dans ce secteur opaque de l’aviation. Dans «L’affaire Air Cocaïne, Mafias et jets Privés» (Ed. Seuil), Jérome Pierrat et Marc Leplongeon croquent les principaux personnages qui gravitaient autour du Falcon 50 du fameux roi de l’optique Alain Afflelou, cloué au sol par l’unité d’élite anti-drogue de la police dominicaine il y a deux ans et demi. «Un mélange de pieds nickelés et de «french connection», avec des complicités policières et douanières que les autorités françaises préfèrent étouffer», avancent les coauteurs. Car même si leur comité de soutien clame leur innocence depuis le début de l’affaire, les évadés Pascal Fauret et Bruno Odos n’ont pas échoué en 2013 dans les geôles dominicaines par hasard.

Sur le tarmac de Cointrin

L' affréteur du jet mis en location par Alain Afflelou? Un playboy français installé en Roumanie et soupçonné de blanchiment d’argent à grande échelle. Son contact? Un trafiquant lyonnais basé à Ibiza, un temps proche du buteur de l’équipe de France de foot Karim Benzéma, et spécialiste des «Go-Fast», ces convois de voitures puissantes bourrées de drogue lancées à pleine vitesse à travers l’hexagone. Leur complice? Un douanier habitué de l’aérodrome du Golfe-Saint Tropez, piste d’atterrissage des vedettes du show-biz, des émirs et des magnats pressés de rejoindre leurs yachts.

Le reste? «La part d’ombre de l’aviation d’affaires dans laquelle la France, pays du constructeur de jets Dassault, entend jouer un rôle de premier plan, poursuivent les auteurs. Sa part obscure et opaque, avec fric, combines, législation honteuse qui autorise les dérives et voyous en cols blancs.»

L’aéroport de Genève, avec son cortège de Falcons ou de Gulfstream aux luxueux intérieurs, voyait souvent atterrir l’avion possédé par Alain Afflelou, confié aux soins de la société SN Trans Hélicoptères Services. Avec qui à l’intérieur? Quelquefois le fils du politicien Français Patrick Balkany, habitué du jet et du tarmac de Cointrin. Sinon? «Des clients VIP qui déclinent à peine leur identité, dérogeants aux contrôles», raconte le livre. Les passagers ordinaires sont scannés, fouillés, fichés. Ceux des jets passent sans transition de leurs avions aux limousines. Seule contrainte pour les cartels latino-américains de la drogue bien informés de cette «passoire aérienne»: prévoir une escale transatlantique de ravitaillement en carburant aux Acores.

Officiellement, la seule preuve retenue contre les pilotes français – désormais non extradables vers Saint-Domingue – est la présence des fameuses valises de cocaïne, qu’ils avaient chargées sans poser de questions.

L’arrière-plan de l’affaire est, lui, bien plus nébuleux. Les services secrets européens et américains sont connus pour surveiller de près les allées et venues des jets privés. Les deux pilotes, ex-militaires bien notés, avaient-ils partie liée avec la DGSE Française? Tout aussi étrange, à en croire des fuites du Palais de justice de Marseille où officie la juge Christine Saunier-Ruellan, chargée du dossier, le peu d’empressement initial de la police et des douanes, alors que ces dernières alertent la presse à toutes les saisies de drogue. Et si la police dominicaine, réputée corrompue, avait sciemment démantelé une enquête en cours? Comme dans «Narcos», la série télévisée sur le trafiquant Pablo Escobar actuellement diffusée par Netflix, le nuage de poudre blanche sur le jet d’Alain Afflelou dissimule peut-être bien d’autres ramifications.


 

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