Avec pas mal de noms d’oiseaux, la presse condamnait unanimement ce mercredi le recours systématique à des passe-droits au plus haut niveau de l’Etat français après la polémique sur les vacances du premier ministre, François Fillon, à Noël en Egypte, aux frais du régime Moubarak. Ce qui ajoute une couche gluante à l’épisode des vacances tunisiennes de Michèle Alliot-Marie (MAM), la ministre des Affaires étrangères.

Tout cela tombe au plus mal, selon La Voix du Nord, puisque le président Sarkozy doit débattre ce jeudi soir avec neuf Français sur TF1 à l’occasion d’une délicate opération «ravalement de façade» dès 20h30, après que ces «chères affaires aéronautiques» expliquées par Le Point auront permis un déchaînement de métaphores filées: «Ça ne plane pas pour ce gouvernement», «mais il ne faudrait pas que les jets cachent un sujet plus crucial: l’aveuglement diplomatique des plus hauts dignitaires français, trop occupés à copiner avec les autorités des pays voisins pour pressentir l’exaspération des peuples tunisien et égyptien. Le vrai crash, il est là.» Et d’ailleurs, Nicolas Sarkozy a demandé mercredi à ses ministres de désormais «privilégier la France» pour leurs vacances et de soumettre à l’approbation du premier ministre leurs invitations à l’étranger.

«Le syndrome du jet privé a encore frappé», résume Libération: «Après MAM, François Fillon est directement épinglé pour avoir bénéficié – cette fois directement – de la complaisance intéressée d’un dictateur aux méthodes brutales et à la fortune louche.» Et d’ironiser: «Les gouvernants se fréquentent et s’entraident dans les petites et les grandes choses», non? «Comme les membres d’une confrérie suprême qui finit par mépriser les critères éthiques du commun des mortels», ils se soucient en réalité «comme d’une guigne de l’ennuyeuse question des droits de l’homme». La Dordogne va ainsi avoir MAM sur le dos, puisque, rigole Le Monde, «la désormais plus célèbre vacancière de France» a compris la leçon: mieux vaut rester là ou son compagnon possède une maison de famille! Paraîtrait cependant «qu’à l’Elysée, on commence à trouver que la plaisanterie a assez duré. Mais que lâcher MAM serait faire un trop beau cadeau au PS. Du coup, on serre les rangs en espérant qu’une autre actualité finira bien par chasser «tout ça».» Caramba, encore raté. Un site italien, Blogosfere, y voit même une sorte de «berlusconisation» du pouvoir français…

L’Humanité, elle, n’est évidemment pas étonnée par ces pratiques puisque, selon elle, «le conflit d’intérêts est en quelque sorte un des actes fondateurs du sarkozysme». Qui «commence au Fouquet’s, se poursuit sur le yacht du milliardaire ami Vincent Bolloré» et «continue avec l’affaire Woerth-Bettencourt»: «Voilà le spectacle navrant donné au monde et au pays.» Sud-Ouest fait lui aussi dans l’ironie: «Pour savoir où va éclater la révolution, il suffira désormais de regarder où les membres du gouvernement vont passer leurs vacances». Mais «cette double affaire pose au moins deux questions: le sens de l’éthique qui se dissipe au fur et à mesure que le temps du pouvoir s’allonge. Et cette connivence persistante de nos dirigeants avec les autocrates arabes, vestige pitoyable d’une politique arabe de la France qui a fait peu de cas des peuples.»

Pour le Midi libre, «le spectacle de l’exécutif en pleine zone de turbulences est détestable» car, «en rupture avec les élites, les Français ne tolèrent plus que leurs dirigeants vivent sur un grand pied alors qu’eux-mêmes souffrent de la crise et redoutent un déclassement social», ajoute L’Est républicain. A cette heure, «l’effet de cette polémique est désastreux», enchaîne France-Soir: «L’air du temps est à la rigueur, parfois hypocrite. C’est comme ça. Sous cet angle le pouvoir, avec ces deux affaires de «vacances», coup sur coup, est pour l’heure perdant.»

Mais pourquoi, grands dieux, se demande Sarkozy, passer ses vacances dans une dictature? «Ça repose tellement de la démocratie!!» répondent en chœur MAM et un Fillon qui «part en vrille», aux yeux de L’Express, dans le très joli dessin de Herrmann paru dans la Tribune de Genève. Cette démocratie où Matignon peut publier son propre communiqué pour devancer, souligne Le Matin, les révélations du Canard enchaîné de la semaine: à la une, «un gouvernement qui décolle à plein tube!» «Sponsorisé» par Moubarak, dit le Spiegel allemand. «Free holiday courtesy of Mubarak», se marre le Daily Telegraph.

Avant cela, il y a aussi eu un article incendiaire du Soir, qui estime qu’«il ne s’agit cette fois plus seulement d’une affaire intérieure. C’est l’honneur de la France à l’étranger qui est en jeu.» Et le quotidien bruxellois d’assener sa vérité, toute simple, sur ce que The Australian appelle «le voyage du scandale»: «Plus grave, c’est d’une absence totale de discernement, d’une faute politique qu’il s’agit. On ne survole tout simplement pas des villes en révolte dans un pays en pleine répression pour aller faire une excursion dans le désert.» Le Figaro, enfin, précise que «les Egyptiens se formalisent si on refuse leurs invitations». La tentation était trop belle de faire un titre avec les mots du très respecté Robert Badinter…