Alain Juppé s’est érigé ce lundi en juge. En une dizaine de minutes, le maire de Bordeaux, vaincu lors de la primaire à droite de novembre 2016, a rendu un verdict implacable sur son camp politique, sur la candidature de François Fillon, et sur l’état électoral de la France.

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Non, il ne sera donc pas candidat à la place du candidat. «Pour moi, c’est trop tard. Mais il n’est jamais trop tard pour la France» a-t-il asséné, en direct de sa mairie. Non sans avoir regretté «l’obstination» de François Fillon, et «l’impasse» dans laquelle ce dernier se trouve désormais. Difficile de penser que le 23 avril prochain, lors du premier tour de la présidentielle, Alain Juppé votera pour celui qui affirmait encore dimanche, au Trocadéro, «remettre son sort dans les mains de son camp».

Le fond de l’intervention de l’ancien premier ministre de Jacques Chirac n’est pas surprenant. Alain Juppé «droit dans ses bottes» n’a jamais été un putschiste. Et il avait toujours exigé, pour envisager d’être le plan B de la droite française, que François Fillon prenne d’abord acte de son échec. Ce que celui-ci a refusé de faire hier, devant ses partisans rassemblés à Paris, puis à la télévision.

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«Quel gâchis»

C’est le ton de l’appel d’Alain Juppé qui a frappé ce lundi. Il a redit que les conditions du rassemblement sur sa candidature n’étaient pas réunies, ce qui vaut à l’évidence aussi pour François Fillon, qui avait «un boulevard devant lui». Il a souligné «l’exigence d’exemplarité de l’époque», ce qui vaut évidemment pour l’actuel candidat de la droite. Il a insisté sur la «volonté de renouvellement», question aussi posée au vainqueur de la primaire qui fêtait samedi ses 63 ans, mais qui a toute sa vie fait de la politique.

Alain Juppé était aujourd’hui à son meilleur. Sobre. Distribuant des coups rudes à son camp qui, selon lui, aurait mieux fait de lui faire confiance pour porter les couleurs de la droite dans la course à l’Elysée. Un analyste rigoureux des bouleversements électoraux en cours en France, et des vents mauvais qui soufflent sur cette campagne. Un sage qui, en rappelant sa propre condamnation et sa volonté de protéger son honneur, a également redit qu’il n’avait jamais été mis en cause pour enrichissement personnel.

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François Fillon est sans doute satisfait. Sa candidature élyséenne demeure incontournable et l’on ne voit pas, à ce stade, qui pourrait le déboulonner. Mais Alain Juppé a presque tout dit: l’échec politique de la primaire à droite, le tempérament et la stratégie problématique de François Fillon pour un candidat à la présidence de la république. La droite française est à terre. L’intransigeant et vieillissant Juppé l’a mis KO en quelques phrases que beaucoup méditeront après les résultats de la présidentielle, le 7 mai prochain.