Primaire

Pour Alain Juppé, une mission presqu’impossible

Pour rassembler au second tour, le maire de Bordeaux devra convaincre de nouveaux bataillons d’électeurs

C’est un signe qui ne trompe pas. Au pied du QG de campagne d’Alain Juppé, boulevard Raspail à Paris, les journalistes mobilisés redoutent de faire les frais du «désastre dominical». Pas facile pour Alain Juppé, en effet, de garder la posture souriante et presque décontractée adoptée lors des trois premiers débats télévisés de la primaire. La peur de voir l’intéressé redevenir cassant, désagréable, irrité est patente.

Ce jeudi, lors du débat de l’entre-deux-tours sur le plateau commun de TF1 et de France 2, le maire de Bordeaux devra attaquer ferme devant les caméras s’il veut déstabiliser François Fillon. «Une seule posture est possible: l’attaque», confiait dimanche soir le député Les Républicains de Savoie Hervé Gaymard, l’un de ses conseillers. Objectif: démontrer que les promesses libérales du candidat Fillon sur le plan économique – en particulier la suppression de 500 000 emplois de fonctionnaires ou assimilés – ne sont pas tenables, et que son conservatisme social rime avec le retour de l’ordre moral peu prisé des jeunes générations.

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«Juppé doit faire ressortir le côté positif de ses propositions pour se démarquer», note le politologue de l’IFOP Frédéric Dabi. Tout en ajoutant: «Il y a une contradiction dans les termes entre son programme et sa promesse de n’effectuer qu’un seul mandat en raison de son âge (71 ans). Peu de gens croient que la France peut se redresser en cinq ans sans rupture forte.»

Difficultés tactiques

La difficulté, pour l’ancien premier ministre fort de 28,6% des voix à l’issue du premier tour, est surtout tactique. Seule Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM), tenante d’une droite moderne et ouverte, s’est ralliée à son panache. A l’inverse François Fillon a engrangé successivement les appels à voter en sa faveur de Nicolas Sarkozy, Bruno Le Maire, François Baroin et Laurent Wauquiez, le président par intérim des Républicains. Un déséquilibre encore plus lourd sur le terrain, puisque les élus pro-Sarkozy et pro-Le Maire vont probablement suivre leurs leaders afin de garantir, à la sortie de la primaire, leurs futures investitures aux législatives sur laquelle le futur vainqueur du scrutin aura la haute main.

Qui convaincre ?

Pour conjurer le sort, Alain Juppé a donc choisi de se rendre d’abord dans ce Sud-Ouest qui l’a soutenu dimanche envers et contre tout. Il sera ce mardi soir en meeting à Toulouse, et devrait conclure sa semaine par un autre grand meeting en province. Qui convaincre? Trois types de publics, explique son entourage: les centristes (François Bayrou et l’UDI sont ses alliés), les progressistes (on parle de 10% d’électeurs de gauche sur les 4 millions du premier tour) et surtout… ceux qui ne se sont pas déplacés dimanche.

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D’où la nécessité de tirer des signaux d’alarme. NKM doit séduire les femmes. Arnaud Danjean, l’expert es relations internationales du camp Juppé, a préparé des mémos sur les «graves implications» que pourrait entraîner pour l’Europe la posture pro-Poutine de François Fillon. Des économistes ont été sollicités pour dire le danger d’une nouvelle hausse de la TVA promise par ce dernier. «C’est toutefois une limite, reconnaît un proche. On peut difficilement défendre d’un côté l’identité heureuse et se faire élire sur des angoisses.»

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