Dénonçant un incident «sans précédent et inacceptable», les membres européens du Conseil de sécurité de l’ONU et Washington ont appelé mercredi dans une déclaration conjointe «l’Organisation de l’aviation civile internationale à enquêter d’urgence». Ils ont également appelé à la «libération immédiate» de l'opposant Roman Protassevitch et de son amie russe Sofia Sapega.

La déclaration a surpris les journalistes étrangers qui suivaient l’allocution d’Alexandre Loukachenko mercredi matin. Devant le parlement, le président biélorusse a expliqué que l’alerte à la bombe l’ayant poussé à détourner un vol de Ryanair aurait émané «de Suisse». Le chef d’Etat n’a pas donné plus de précisions quant à l’origine supposée de ce message. «Il faut noter que l’information est arrivée à Athènes, Vilnius et Minsk. Non seulement à notre aéroport, mais en même temps à l’aéroport de départ et d’arrivée.»

Contacté, le Département fédéral des affaires étrangères répond que «les autorités suisses n’ont aucune connaissance d’une alerte à la bombe sur le vol Ryanair Athènes-Vilnius. Il n’y a donc pas eu d’annonces des autorités suisses à ce sujet aux autorités biélorusses.» En point de presse dans l'après-midi de mercredi, le Conseil fédéral a confirmé n'avoir pas connaissance d'un tel fait.

De son côté, l'autorité grecque de l'aviation civile a indiqué au Temps que «les informations présumées de l'aéroport international d'Athènes ou des autorités grecques sur l'existence de toute menace sur le vol de Ryanair sont totalement fausses, inexistantes et complètement trompeuses.» L'organisme ajoute que les procédures de sécurité se sont déroulées normalement. «Il n'y a eu aucune indication (...) de la part d'une personne physique ou d'un service concernant l'existence d'une menace sur le vol FR4978 Athènes-Vilnius le 23 mai 2021.» Sollicitées, les autorités lituaniennes n'ont pas réagi.

Dimanche, l’appareil reliant Athènes à Vilnius a été intercepté par un chasseur et obligé de se poser à l’aéroport de Minsk. Le journaliste Roman Protassevitch et sa compagne Sofia Sapega ont été arrêtés et sont apparus dans deux enregistrements diffusés lundi et mardi. Roman Protassevitch y confesse, sous la contrainte, être «passé aux aveux concernant l’organisation de troubles massifs».

Le Hamas pointé du doigt

Les autorités biélorusses avaient dans un premier temps pointé du doigt le Hamas, sans expliquer pourquoi l’organisation palestinienne qui gouverne la bande de Gaza aurait revendiqué l’alerte à la bombe. Le Ministère des transports et des communications avait évoqué un e-mail reçu par l’aéroport de la capitale, signé par des membres du Hamas et envoyé depuis la messagerie ProtonMail (dont le siège se trouve à Genève).

Ces déclarations avaient été accueillies par un fort scepticisme en Europe, où les explications de Minsk sont considérées comme un prétexte ayant permis le détournement de l’appareil et l’arrestation de Roman Protassevitch.

Mercredi, Alexandre Loukachenko a insisté sur la légalité de cette intervention aérienne et indiqué être heureux de ne pas avoir donné l’ordre d’abattre l’avion qui survolait alors le site d’une centrale nucléaire. «Que se serait-il passé si le système de défense aérienne de la centrale était entré en action?» a fait mine de s’interroger le président.

Le chef d’Etat contesté a aussi ravivé la thèse d’un complot visant la Biélorussie: «Comme nous l’avions prédit, des personnes mal intentionnées, à l’étranger et à l’intérieur, ont changé leurs méthodes pour nous attaquer […]. Elles ont franchi de nombreuses lignes rouges.» A ses yeux, la Biélorussie est devenue un «champ de tir expérimental» pour l’Occident.

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