Portrait

Alexandria Ocasio-Cortez, la benjamine du Congrès

L’élue démocrate au leadership naturel espère bousculer son parti. Elle n’hésite pas à recourir à l’humour pour tenter d’«humaniser la politique», mais s’attire déjà de vives critiques

Aux Etats-Unis, les élections de mi-mandat se sont illustrées par un nombre record de femmes candidates et élues. Nous avons choisi de vous en présenter cinq cette semaine, aux parcours atypiques. Elles siègeront au Congrès dès 2019

Portraits précédents:

Elle est omniprésente. Souvent décrite de manière simpliste comme «l’ex-serveuse de New York qui a détrôné un élu démocrate depuis vingt ans au Congrès», Alexandria Ocasio-Cortez est un phénomène. Elle a créé la surprise, se démarque par son enthousiasme et son énergie, et doit gérer un agenda de ministre en raison de sa médiatisation excessive. Elle est devenue l’icône de cette nouvelle génération de démocrates très à gauche qui veulent faire la différence. Son leadership naturel fait d’elle la cheffe de file des nouvelles élues de son parti.

Polémique sur ses habits

Cette starification, elle en joue plutôt bien. Il suffit de voir son compte Instagram: elle y dévoile avec humour les coulisses de sa nouvelle vie d’élue en n’hésitant pas à se filmer dans des couloirs de Washington, en train de chuchoter: «Hey, les gars, il y a des tunnels secrets qui relient tous les bâtiments du gouvernement!» Son but? «Je trouve qu’il est important d’humaniser la politique, de la rendre plus vraie», glisse-t-elle sur MSNBC. Elle dénonce aussi le sexisme et le racisme dont elle fait l’objet. «Les gens continuent à me donner des indications pour les événements destinés aux conjoints et aux stagiaires plutôt que pour les membres du Congrès», lâche-t-elle par exemple sur Twitter.

Une transparence et un style rafraîchissants? Pas pour tous. Elle a déjà ses détracteurs, qui l’attendent au tournant. Très vite, elle s’est par exemple fait épingler pour ses tenues vestimentaires, jugées «trop chics» pour quelqu’un qui revendique ses origines modestes. Un journaliste du Washington Examiner s’est moqué d’elle sur Twitter, avant de retirer sa publication.

Alexandria Ocasio-Cortez n’a pas créé la surprise le 6 novembre dernier, où le candidat républicain n’avait pour ainsi dire aucune chance d’être élu. Elle l’avait fait le 26 juin. C’est ce jour-là, aux primaires démocrates, qu’elle a battu, dans le 14e district de New York, Joe Crowley, qui venait d’achever dix mandats à la Chambre des représentants. Alors que personne n’y croyait. Même Donald Trump a été étonné et s’est fendu d’un tweet pour railler la défaite de Crowley. Jusqu’alors ignorée des médias, elle a depuis enchaîné les apparitions publiques et les talk-shows.

La dignité économique avant tout

Cette élégante femme de 29 ans, qui deviendra la benjamine du Congrès, a fait une campagne de terrain et de proximité dans sa circonscription à cheval entre le Bronx et le Queens. C’est ce qui a payé. Elle est d’origine latino – ses deux parents viennent de Porto Rico même si son père est né dans le Bronx – et les minorités s’identifient à elle. Elle a travaillé comme bénévole dans l’équipe de campagne de Bernie Sanders, qui briguait la présidence des Etats-Unis en 2016. Et fait partie comme lui des «socialistes démocrates d’Amérique». Pendant ses études universitaires, elle a intégré l’équipe du sénateur démocrate Ted Kennedy, pour des recherches sur les questions de migration.

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Un des points forts de son programme est la préservation de la dignité économique. Elle sait de quoi elle parle: après le décès de son père en 2008, sa famille a connu des difficultés financières. Sa mère a dû cumuler les jobs de femme de ménage et de conductrice de bus pour éviter la saisie de leur maison. Elle a fini par fuir New York et sa cherté. Alexandria Ocasio-Cortez a elle-même affirmé qu’elle ne déménagerait pas à Washington avant de percevoir son premier salaire d’élue: elle ne peut pas se le permettre. L’arrivée d’Amazon à Long Island City, quartier du sud-ouest du Queens, fait partie de ses inquiétudes: la gentrification annoncée fait peur aux habitants. Dans un tweet, elle dénonce: «Pousser des gens aux revenus modestes hors du quartier n’améliorera pas leur qualité de vie.» Elle espère qu’une partie des emplois promis profitera aux résidents.

Elle milite aussi pour un système de santé universel et prône l’abolition de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), chargée du contrôle des frontières. Ce qui se passe ces jours avec la caravane de migrants d’Amérique centrale l’horrifie. Des murs de barbelés sont érigés côté américain, Trump a déployé l’armée et les risques de dérapage sont grands. L’éducatrice de formation a aussi fait campagne pour un meilleur contrôle des armes et pour la gratuité des frais des universités et des écoles publiques. Le réchauffement climatique la préoccupe particulièrement.

Bâton dans la fourmilière

Elle élève facilement la voix, répond aux attaques et aime remuer le bâton dans la fourmilière démocrate. Alexandria Ocasio-Cortez est un peu le poil à gratter de sa famille politique, l’empêcheuse de tourner en rond. Comme d’autres jeunes élues progressistes, issues de minorités, elle espère contribuer à redynamiser le parti, sclérosé depuis la défaite d’Hillary Clinton en 2016.

D’ailleurs, Nancy Pelosi, qui espère devenir «speaker», cheffe de la majorité à la Chambre des représentants, et du coup la femme la plus puissante de la politique américaine, tremble un peu. Elle a 78 ans, est capable de lever des fonds importants, mais elle est menacée par une fronde d’élus, qui ne voteront pas pour elle le 28 novembre. Surprise: Alexandria Ocasio-Cortez n’en fait pas partie. Du moins pas pour l’instant. Mercredi, elle a confirmé qu’elle l’appuierait, «tant qu’elle reste la candidate la plus progressiste». Le message est clair.


Profil

1989 Naissance le 13 octobre, à New York.

2011 Finit ses études en sciences économiques et relations internationales à l’Université de Boston.

2018 Est élue au Congrès américain.


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