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Alexandria Ocasio-Cortez à l’occasion de l’émission «Meet the Press» sur NBC le 1er juillet 2018.
© NBC/Getty Images

États-Unis

Alexandria Ocasio-Cortez, une épine de rose chez les démocrates

En détrônant un élu qui siégeait depuis vingt ans au Congrès, une jeune novice en politique fait sensation à New York. D’autres progressistes comptent suivre le pas et bousculer le Parti démocrate

Jeune novice en politique bat à plate couture une figure du Parti démocrate. Voilà une ligne qu’Alexandria Ocasio-Cortez pourrait rajouter dans son CV. Candidate très à gauche à la primaire du 14e district de New York pour les élections de mi-mandat, elle a créé la surprise en détrônant, le 26 juin, Joe Crowley, un élu démocrate qui siège depuis vingt ans à la Chambre des représentants. Depuis, les médias américains se passionnent pour elle.

Jeune et progressiste, la nouvelle arme

La jeune femme de 28 ans pourrait n’être que l’arbre qui cache la forêt. Car elle incarne deux tendances. D’abord, les femmes, démocrates surtout, sont deux fois plus nombreuses cette année à se présenter aux élections. Mais surtout, de jeunes progressistes, souvent issus de minorités, sont prêts à faire trembler le Parti démocrate, pour tenter de lui insuffler une nouvelle énergie. Et l’ancrer plus à gauche.

Lire aussi: Les femmes à l’assaut des élections américaines

Le nom de Joe Crowley était parfois avancé comme celui du possible successeur de Nancy Pelosi à la tête des démocrates de la Chambre des représentants. Et même du speaker Paul Ryan, en cas de victoire des démocrates en novembre. C’est dire à quel point la défaite a eu un goût amer pour lui. Donald Trump n’a pas manqué d’y aller de son petit grain de sel sur Twitter: «Wow! Le député qui déteste Trump, Joe Crowley, qui, comme beaucoup l’espéraient, devait prendre la place de Nancy Pelosi, vient de PERDRE son élection primaire. En d’autres termes, il s’est fait sortir!» «Les démocrates sont dans la tourmente!» a-t-il ajouté. Fairplay, Joe Crowley a de son côté préféré, une fois le premier choc passé, empoigner sa guitare pour chanter Born to Run, de Bruce Springsteen, en hommage à sa rivale.

Issue d’une famille modeste

Soutenue par les Socialistes démocrates d’Amérique, Alexandria Ocasio-Cortez elle-même n’en revient toujours pas de ce qui lui est arrivé, après des jours bien chargés à répondre aux sollicitations des médias. Elle dépasse même l’intérêt porté à Cynthia Nixon, une des héroïnes de la série Sex and the City, qui défie Andrew Cuomo au poste de gouverneur de New York, et pourrait, elle aussi créer la surprise.

Le New York Times qualifie Alexandria Ocasio-Cortez de «shooting star». Latino-américaine – sa mère vient du Porto Rico, son père du sud du Bronx –, fan de l’ex-candidat malheureux aux primaires démocrates pour la présidentielle de 2016 Bernie Sanders – elle a fait partie de son équipe de campagne –, elle s’identifie comme une «socialiste», considéré presque comme un gros mot aux Etats-Unis.

Elle a surtout fait campagne autour de la dignité économique, des besoins des familles pauvres et milite pour un système de santé universel, avec un budget limité de 300 000 dollars, cinq fois moins que celui de son rival. Elle fait aussi partie de ceux qui prônent l’abolition de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), la structure chargée du contrôle des frontières qui fait les grands titres ces derniers jours avec la polémique autour de la séparation des familles de clandestins.

«Tous les démocrates ne sont pas les mêmes»

Il y a quelques mois encore, cette éducatrice de formation travaillait comme serveuse dans un restaurant pour arrondir ses fins de mois, rappelle Vogue. Le décès de son père en 2008 a plongé la famille dans des difficultés financières. Sa mère travaillait à la fois comme femme de ménage et conductrice de bus et a fini par devoir déménager en Floride, pour vivre de manière plus décente. Dans un registre moins lourd, Alexandria Ocasio-Cortez peut se targuer d’avoir un astéroïde à son nom, le 23238 Ocasio-Cortez, grâce à un concours remporté pendant ses années universitaires.

Dans sa vidéo de campagne, la candidate montrait bien son intention d’insuffler un vent nouveau au Parti démocrate. «Il est temps de reconnaître que tous les démocrates ne sont pas les mêmes. Nous avons les gens, ils ont l’argent», y déclarait-elle. Une allusion à Joe Crowley et à ses soutiens financiers. L’homme est décrit comme un pur produit de l’establishment démocrate.

Si elle confirme sa victoire en novembre, Alexandria Ocasio-Cortez pourrait devenir la plus jeune élue de l’histoire de la Chambre des représentants. Déçue par la défaite de Joe Crowley, Nancy Pelosi ne veut pas y voir une nouvelle tendance, avec une vision plus gauchiste qui s’imposerait au sein du parti. «Les électeurs ont fait ce choix sur ce district précis. C’est un district de New York très progressiste, alors ça n’a rien d’étonnant. On ne doit pas le voir comme représentatif de quoi que ce soit», a-t-elle tenté de relativiser dans les médias.

Candidates main dans la main

Autre élément nouveau autour de cette élection qui, quoiqu’on en dise, a pris presque tout le monde de court: l’entraide féminine très prononcée entre candidates. Le soir de sa victoire, Alexandria Ocasio-Cortez a milité, dans un bar de billard du Bronx, en faveur d’autres démocrates socialistes, qu’elle souhaiterait voir élues au Congrès. Cori Bush (Missouri) et Ayanna Pressley (Massachusetts) en font partie. Très rapidement, leur compte Twitter ont connu un afflux de nouveaux membres.

Elle appuie aussi Cynthia Nixon au poste de gouverneur, et Zephyr Teachout qui vise celui de procureur. Ces femmes l’ont aidée dans sa propre campagne. Main dans la main, les candidates tentent de faire bouger les fronts et revivifier ensemble les démocrates pour mieux contrer Donald Trump et ses partisans. En mai, c’est Stacey Abrams, également soutenue par Bernie Sanders, qui a remporté les primaires démocrates en Géorgie. Elle est du coup devenue la première femme noire à briguer le poste de gouverneur.

Selon le dernier décompte du Centre pour les femmes et la politique de l’Université de Rutgers (New Jersey), 347 femmes sont actuellement en lice pour un siège au Congrès, dont 311 pour la Chambre des représentants (231 démocrates, 80 républicaines). 181 ont déjà été éliminées lors de primaires. Signe de ce nouvel engouement, le groupe Emily’s List, qui promeut les candidatures des femmes démocrates et les aide à faire campagne, ne cesse de se développer. L’organisation progressiste Our Revolution, qui soutenait Bernie Sanders en 2016, pourrait par ailleurs, révèle le New York Times, développer un nouveau groupe: Our Revolution(ary) Women. Alexandria Ocasio-Cortez en fera bien sûr partie.

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