La contestation s’organise sur le Web en Russie. Le célèbre blogueur anti-corruption et leader de l’opposition russe Alexeï Navalni a été condamné mardi soir à 15 jours de prison pour avoir organisé la veille une marche de protestation contre le déroulement des législatives russes, remportées dimanche par le parti Russie unie du premier ministre Vladimir Poutine. Un scrutin entaché d’irrégularités aussitôt condamnées par les observateurs internationaux.

Alexeï Navalni a été interpellé vers 20h30 avec 300 autres manifestants dont le cofondateur du mouvement d’opposition libérale Solidarnost Ilia Iachine, lors d’un rassemblement organisé lundi soir dans le centre de Moscou qui a réuni 2000 personnes, 10 000 selon les organisateurs. Alexeï Navalni et Ilia Iachine ont tous deux été reconnus coupables de «refus d’obtempérer aux injonctions de représentants de la force publique». Son avocat, qui n’est pas autorisé à le voir, déplore que ses droits élémentaires soient bafoués. «Chaque citoyen a le droit d’être assisté par un avocat dès l’instant de son arrestation», a-t-il rappelé.

«Julian Assange russe»

La police russe, qui s’était déployée mardi dans le centre-ville de Moscou pour bloquer aux manifestants l’accès à plusieurs rues, n’est pas parvenue à réprimer la contestation. Les manifestants, des jeunes pour la plupart, ont répondu massivement aux appels de «désobéissance civile» lancés sur les réseaux sociaux. Il s’agit là d’une des plus importantes manifestations organisées à Moscou par l’opposition depuis le début des années 1990.

Alexeï Navalni est une véritable star d’Internet en Russie et apparaît comme un leader de l’opposition. Cet avocat de 34 ans s’est fait un nom dans la lutte contre la corruption. Le blogueur, véritable «Julian Assange russe», du nom du célèbre fondateur de WikiLeaks, le site spécialisé dans la divulgation de câbles diplomatiques confidentiels, est passé maître ces trois dernières années dans la publication de faits de corruption qui lient notamment l’élite politique russe – les «intouchables» – à l’industrie gazière et pétrolière du pays.

Cet ancien membre du parti libéral Iabloko est l’auteur de plusieurs sites d’opposition. «Tout le monde reconnaît que la corruption est partout. Il est très étrange pour moi de l’admettre sans essayer de chasser et condamner les responsables», disait-il dans une interview accordée en février 2011 au quotidien britannique The Guardian.

Révélations sur Transneft

Pour y parvenir, Alexeï Navalni ne pirate pas des sources confidentielles comme Julian Assange. Il utilise simplement des documents disponibles sur les nombreux sites internet du gouvernement russe auxquels il a accès. Et les rend publics.

En novembre 2010, l’avocat a publié un audit révélant que le géant pétrolier russe Transneft avait siphonné du pétrole pour près de 5,7 milliards de francs suisses depuis un pipeline reliant la Russie au marché asiatique. Son plus grand coup. Depuis, il a gagné en popularité.

Alexeï Navalni, diplômé en droit et titulaire d’un master en finance, a rejoint l’opposition en 2000, peu après l’élection de Vladimir Poutine à la présidence russe. Dès lors, il a commencé son militantisme par l’organisation de manifestations contre le pouvoir

Ces derniers mois, un nombre croissant d’internautes lui ont demandé de se porter candidat à l’élection présidentielle du 4 mars 2012. Mais Alexeï Navalni a décliné l’offre, expliquant qu’il n’était pas kamikaze. Pourtant, un sondage conduit en octobre 2011 par le quotidien économique russe Kommersant soulignait que, si cette élection présidentielle était celle pour la mairie de Moscou, Alexeï Navalni triompherait loin devant le maire en poste aujourd’hui.

La popularité du blogueur et son franc-parler ne sont pas passés inaperçus. Alexeï Navalni fait actuellement face à plusieurs plaintes pénales.