La condamnation à de la prison ferme d'Alexeï Navalny pour violation d'un contrôle judiciaire a été confirmée samedi matin. ll s'agit de la première longue peine de l'opposant maintenue en appel en près d'une décennie de démêlés avec les autorités russes.  

Le tribunal moscovite a toutefois légèrement réduit d'un mois et demi la condamnation du militant anti-corruption, âgé de 44 ans. 

«Juste absurde»

Présent à l'audience, l'opposant a rejeté cette accusation en disant n'avoir jamais voulu se dérober aux autorités russes en allant en Allemagne et les avoir averties de son retour. «J'ai acheté un billet et j'ai dit à tout le monde que je rentrais à la maison», a-t-il affirmé à la juge, ajoutant: «C'est juste absurde».

Victime d'une tentative d'empoisonnement en 2020, Alexei Navalny s'était rendu dans une clinique berlinoise pour y être soigné. 

Le procureur a rétorqué en affirmant que l'opposant avait «ouvertement et effrontément» défié la loi. La porte-parole du palais de justice de Moscou a indiqué que les services pénitentiaires seront libres de transférer l'opposant vers l'un des nombreux camps de travail de Russie si la décision du 2 février est confirmée.

Dénonçant une décision «attendue», l'un des avocats d'Alexei Navalny a indiqué que son client allait faire appel en cassation. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a soutenu pour sa part que cette sentence n'allait pas changer le paysage politique «riche et pluraliste» de la Russie en amont des élections législatives de septembre.

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Visé par de multiples procédures judiciaires, le principal adversaire du Kremlin, comparaissait aussi samedi après-midi devant une autre juge dans un procès pour «diffamation» d'un ancien combattant de la Seconde guerre mondiale. Le Parquet a requis dans ce dossier 950'000 roubles d'amende (12'000 francs environ) et réclamé lui aussi que le sursis de l'opposant soit converti en prison ferme.

Appels à la libération

Alexeï Navalny, dont l'incarcération en janvier avait conduit à trois journées de manifestations réprimées, dénonce des procédures montées de toutes pièces. Il a passé les audiences précédentes à défier la cour. Selon lui, le Kremlin veut le jeter en prison pour le faire taire, après avoir échoué à le tuer en l'empoisonnant l'été dernier, ce que Moscou dément.

L'Union européenne et les Etats-Unis ont multiplié les appels à le libérer. La Cour européenne des droits de l'Homme a également demandé cette semaine la libération du militant, arguant d'un risque pour sa vie. Cette requête a été immédiatement rejetée par Moscou.

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