Alexis Tsipras persiste et signe devant le parlement grec

Grèce Le nouveau premier ministre tient un discours de combat

Il répète qu’il ne se soumettra pas à l’austérité

C’est un discours de combat qu’Alexis Tsipras a tenu, dimanche soir, devant la Vouli, le parlement grec. Le nouveau premier ministre présentait son programme gouvernemental dans un contexte particulièrement difficile. D’un côté, les Européens semblent décidés à lui mener la vie dure, voire à l’empêcher de mener à bien ses promesses de campagne. De l’autre, la population grecque, qui souffre du chômage (plus de 25% des actifs) et de la pauvreté (plus de 30% de la population), a voté pour un changement de politique radical.

Pendant plus d’une heure, Alexis Tsipras a donc déroulé le cadre des mesures qu’il entend prendre avec les 40 ministres, ministres délégués et secrétaires d’Etat. Combien de pas en arrière allait-il annoncer, étant donné les pressions de l’Union européenne? Aucun, semble-t-il. Et ce, même si la BCE a coupé, le 4 février, un des robinets à liquidités du pays, comme pour le contraindre à rentrer dans le rang de l’austérité.

Aucun, en effet. Alors que plus de 35% des citoyens ont accordé à son parti, Syriza, 149 sièges au parlement, Alexis Tsipras sait que la tâche est difficile, tant les attentes sont importantes. «Nos propositions sont prêtes, nous n’improvisons pas», a-t-il expliqué, tout en précisant qu’il voulait travailler, avec son équipe, dans le respect des règles de l’Eurozone, mais sans se soumettre à l’austérité.

«L’Europe ne doit pas refaire les erreurs du passé et mener un peuple à l’humiliation pour ne pas réveiller le monstre», a-t-il ainsi indiqué, alors qu’Aube dorée, le parti néonazi qui a refait son apparition sur la scène politique grecque en 2012, est devenu le troisième parti du pays. «Tant que nos partenaires réclameront l’austérité, les problèmes augmenteront», a poursuivi le jeune premier ministre, en souhaitant un nouvel accord avec les Européens.

En promettant que les Grecs auront de quoi se nourrir, se soigner, se loger, s’éclairer et se chauffer, il a posé le cadre politique des mesures: rétablissement graduel du salaire minimum à son niveau de 2010 (751 euros) d’ici à 2016; abolition du salaire minimum différencié, et inférieur, pour les moins de 25 ans; réintégration des fonctionnaires licenciés; réouverture de ERT, le groupe de radios et télévisions publiques fermé le 11 juin 2013; aucune augmentation de l’âge de départ à la retraite ni baisse des pensions…

En outre, Alexis Tsipras, qui déclare vouloir en finir avec la troïka – les experts de l’UE, de la BCE et du FMI qui, depuis 2010, font les politiques grecques –, sollicite un «plan relais» jusqu’à la fin juin. Son argument? Le gouvernement précédent, alliant les sociaux-démocrates du Pasok et la droite de la Nouvelle Démocratie, aurait refusé l’aide sur 6 mois que lui proposait la troïka, ne souhaitant que 2 mois de financement. Enfin, en ce qui concerne les privatisations, il donne un coup d’arrêt à Taiped, l’organisme qui gère la vente des biens publics et entreprises d’Etat.

Alexis Tsipras va plus loin. Il exige que la lutte contre la corruption et l’évasion fiscale fasse partie des priorités gouvernementales. Il demande aussi une évaluation des fonctionnaires et la transparence des recrutements, afin de mettre fin au clientélisme. Ces deux axes ont une double fonction: donner des gages aux Européens qui exigent une réforme de l’Etat, et mettre devant leurs contradictions les dirigeants qui, en France et en Allemagne notamment, opposent une fin de non-recevoir aux propositions de Syriza. Le Pasok (membre de l’Internationale socialiste et du PSE) et la Nouvelle Démocratie (membre du PPE), qui ont gouverné en alternance depuis la fin de la dictature des colonels, sont ceux qui ont le plus trempé dans ces petits arrangements entre amis… et ceux qu’ostensiblement les dirigeants européens ont soutenus depuis 2010.

Les nouveaux dirigeants grecs ont à cœur de ne pas céder sur l’essentiel, la fin de l’austérité… tout en donnant des gages aux Européens qui réclament des réformes. Seront-ils entendus? «Notre budget sera à l’équilibre. Nous ne voulons pas créer de nouveaux déficits, ni approfondir la dette publique», assurait au Temps la députée de Syriza Sia Anagnostopoulou.

La lutte contre la corruption et l’évasion fiscale sont annoncées comme des priorités