Tsipras piège l’aile gauche de Syriza

Grèce Le parti s’est scindé. Le premier ministre mise sur sa popularité

Alexis Tsipras, le premier ministre grec, a le goût du risque. A la suite de sa démission, des législatives devraient se tenir le 20 septembre en Grèce. Maintiendront-elles le leader de Syriza au pouvoir? C’est ce qu’affirme sa garde rapprochée alors que le quarantenaire gouverne aujourd’hui avec un parti divisé et une majorité réduite. Et ce huit mois à peine après le succès de son parti anti-austérité en janvier (36,34%).

C’est sur l’acceptation d’une nouvelle dose d’austérité et le maintien dans l’euro que se fracture Syriza. Cette dose correspond au lot de réformes accepté le 13 juillet par Alexis Tsipras à Bruxelles en échange d’un prêt permettant au pays de rester dans la zone euro. Un nouveau «mémorandum» validé par les créanciers du pays dans lequel sont inscrites les mesures à engager.

Objectif: 40% des voix

Cette ligne de fracture est apparue au fil des votes à la Vouli, le parlement grec. Le 14 août, le «mémorandum» est passé grâce aux voix de l’opposition – sociaux-démocrates du Pasok, conservateurs de Nouvelle Démocratie (ND), ou To Potami, un parti de centre droit créé ex nihilo avant les législatives. Seuls 118 des 162 députés de la majorité gouvernementale, alliant Syriza et Grecs indépendants (droite souverainiste), l’ont approuvé.

Alexis Tsipras ne peut plus gouverner mais «il ne peut pas non plus diriger avec le Pasok ou To Potami: il n’en a pas eu le mandat en janvier», explique le journaliste Yannis Androulidakis. Les élections «lui permettront de renouveler ce mandat, voire sa stratégie d’alliance même si Tsipras affirme qu’il ne veut gouverner avec aucun de ces deux partis». Un moyen, sans doute, d’obtenir le maximum de voix. Au sein de son cabinet, grâce à sa bonne cote de popularité, on prédit 40% des voix et la majorité absolue.

Tout dépend de l’opposition interne. «Nous sommes en contradiction avec notre mandat électoral et l’agenda social que nous avions fixé», soulignait au Temps, il y a peu, Kostas Issychos, ex-ministre délégué à la Défense. La scission est devenue effective. La faction la plus à gauche du parti Syriza a décidé de fonder un nouveau parti indépendant.

Nouveau parti

«Notre différence fondamentale avec la ligne d’Alexis Tsipras est que nous voulons supprimer les mémorandums, pas les gérer. C’est soit l’euro et les mémorandums, soit la rupture», déclare Stathis Kouvelakis. Membre du Comité central de Syriza, et du courant «plate-forme de gauche», il s’active aux côtés de l’ex-ministre du Redressement productif, Panayotis Lafazanis, à créer ce parti. Dans un pays qui aime les symboles, le nom en est un: Unité populaire, comme celui de Salvador Allende. Les mots d’ordre expriment les tensions au sein de Syriza: «Nous ne sommes pas le parti de la drachme, un parti ne se fonde pas sur une monnaie», poursuit Stathis Kouvelakis. Comme s’il décochait une flèche contre Tsipras qui, selon ses détracteurs, fait du maintien dans l’euro sa ligne gouvernementale. Deuxième flèche: «Nous devons mener des politiques qui correspondent à des besoins sociaux.»

Division à gauche

Ce nouveau parti, qui pesait 25 députés vendredi matin, puis 29 dans l’après-midi après de nouveaux ralliements, constitue le troisième groupe le plus important à la Vouli. Au total, 13 organisations comme Andarsia (extrême gauche) le forment.

«Tsipras perdra des voix de gauche», poursuit Yannis Androulidakis. Mais en organisant aussi rapidement les élections, il «prive son opposition interne du temps pour s’organiser. Or, elle subit elle-même conflits, malentendus, différences stratégiques, difficiles à dépasser aussi vite.» Il est, selon le journaliste, «impossible que les négociations aboutissent en dix jours: certaines personnes ne se sont pas parlé depuis dix ans!»

Quant à ND et au Pasok, ils ont terriblement chuté depuis 2010, discrédités par les effets des politiques menées, et n’ont plus de leader. Ils semblent sans danger immédiat pour Alexis Tsipras. Qui, après huit mois en place, reste la personnalité politique la plus populaire.