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«Alexis Tsipras a voulu tendre un piège aux créanciers, mais il est tombé dedans»»

Depuis qu’il est arrivé au pouvoir, le premier ministre grec se bat contre les politiques d’austérité. A l’approche de son référendum, ses opposants se déchaînent

Alexis Tsipras teste les limites de l’Union européenne

Grèce Depuis qu’il est arrivé au pouvoir, le premier ministre grec se bat contre les politiques d’austérité

A l’approche de son référendum, ses opposants se déchaînent

«Si le oui gagne, le gouvernement tombe. Si le non l’emporte, il sera isolé et ne pourra plus négocier.» Kostas Vergopoulos ne décolère pas. Pour ce professeur d’économie de renommée inter­nationale, proche du premier ministre grec, le référendum du 5 juillet sur les propositions des créanciers est «une grossière erreur». Si grossière qu’avec deux autres professeurs d’université, Savas Robolis et Kostas Melas, il a adressé un courrier à Alexis Tsipras l’enjoignant de surseoir au scrutin.

L’ex-chef de Syriza aurait-il commis une erreur stratégique capable d’entraîner la chute de son gouvernement? «Il a voulu tendre un piège aux créanciers et il est tombé dedans», tranche Kostas Vergopoulos. L’opposition du Pasok (social-démocrate), de To Potami (parti du centre droit créé ex nihilo avant les élections) et de Nouvelle Démocratie (ND, droite) s’en donne à cœur joie. Ainsi, Antonis Samaras, leader de ND, affirme que «la Grèce est dans sa pire situation depuis des décennies». Selon lui, «le gouvernement a gaspillé toute la crédibilité du pays». La Grèce serait au bord du chaos.

Aux yeux de l’opposition, le responsable a un nom, un visage et des supporters: Alexis Tsipras et son parti. De «dangereux communistes», selon la formule d’un député ND avide de formules choc… mais qui refuse que son nom soit cité.

Ce procès à charge, différents dirigeants européens le propagent à l’envie. «Les Grecs ont choisi de faire exploser les négociations alors que nous étions très près de régler tout ceci d’une manière qui leur aurait permis de le faire passer», note un responsable européen. «Ils ont joué au poker, mais au poker, on peut toujours perdre», a déclaré, le même jour, le ministre autrichien Hans Jörg Schelling.

Alexis Tsipras aurait abattu une carte perdante. «Nous avons toujours dit que nous demanderions aux citoyens de s’exprimer si l’accord ne correspondait pas au mandat», répond Rania Svigou, une porte-parole de Syriza pour qui Alexis Tsipras et son gouvernement ne font que «respecter une promesse de campagne».

Bref, le premier ministre joue carte sur table dans une situation bloquée. Le 22 juin, il avait fait parvenir à Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, des propositions: 47 pages détaillant et chiffrant les mesures que la Grèce comptait appliquer afin de respecter les demandes des créanciers et les engagements de campagne de Syriza. La copie est retournée… corrigée en rouge. La cheffe du FMI, Christine Lagarde, estime que «l’urgence est de rétablir le dialogue, avec des adultes dans la pièce». Quant au chef du Conseil européen, Donald Tusk, il affirme le 25 juin: «Game is over!»

L’Athénien quarantenaire, réputé d’un calme olympien, refuse cette infantilisation en forme d’humiliation et rétorque du tac au tac: «5 millions de personnes au chômage, 3 millions de pauvres et des milliers de familles sans revenus, vivotant grâce aux retraites des grands-parents, ne sont pas un jeu.» «Les Européens ne cèdent rien et ne céderont rien», analyse-t-on au palais Maximou, la demeure du premier ministre.

Plus qu’un stratagème reposant sur la peur de la sortie de l’euro, le référendum annoncé par Alexis Tsipras ressemble à une interrogation formulée à l’épreuve du pouvoir. «Est-il possible d’appliquer au sein de l’Union européenne une autre politique que celle de l’austérité?» selon l’expression d’un proche. Question désormais en débat dans la société grecque. «C’est respecter le peuple que de lui demander s’il souhaite la poursuite de l’austérité en Grèce, explique un conseiller. Tout le monde était d’accord pour organiser un référendum, au sein du cabinet, comme en Conseil des ministres.»

«Tsipras écoute et prend les décisions de façon collégiale», analyse Babis Kovanis. Ce journaliste au journal Epochie, proche de ­Syriza, a suivi son parcours politique. Il a observé son passage à la jeunesse Synaspismos (un parti de la gauche radicale), puis «l’esprit de synthèse dont il a fait preuve pour développer et transformer la coalition Syriza en parti en 2012». Pour lui, «Alexis n’est pas «le» chef mais sait intervenir quand il faut. Il est profondément démocrate.»

Démocrate… jusqu’à risquer son poste de premier ministre? La pression monte. Après l’annonce du référendum, l’Eurogroupe a exclu de ses réunions Yanis Varoufakis, le ministre grec des Finances. La Banque centrale européenne et la Banque de Grèce, dont le gouverneur est Yannis Stournaras, ancien ministre des Finances (ND), ont décidé, d’une part, de ne pas augmenter la liquidité des banques grecques et, de l’autre, de prôner des mesures comprenant des jours de fermeture et la limitation des retraits.

L’opinion publique commence à se retourner contre le gouvernement, alors que le premier ministre invite les Grecs à voter non. Non contre l’humiliation qui lui est infligée au nom de la dette et pour recouvrer sa dignité. Ainsi, «Syriza restera une force importante dans la société», pressent Babis Kovanis. Et Alexis Tsipras restera présent. Agacé par le comportement de ses homologues européens à un mini-sommet, il leur aurait dit: «Je n’arrêterai pas la politique, vous m’aurez toujours devant vous

«Les Grecs ont joué au poker,mais au poker on peut toujours perdre»

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